Annales de flore et de pomone, pp 181-184.
Messieurs,
Vous avez fait, dans vos intéressantes Annales, un appel aux amateurs d'horticulture, pour les engager à y consigner les observations et les faits qui peuvent contribuer aux progrès de cette branche des sciences naturelles.
Je m'empresse de répondre à cette invitation et de vous communiquer les résultats de mes essais de culture et de reproduction de différentes espèces d'Iris par les semis.
Ces essais, plus nombreux cette année que les précédentes, m'ont confirmé pleinement dans une opinion que partagent plusieurs botanistes, ainsi que M. Jacques, l'un de vos habiles collaborateurs, qui s'est occupé de recherches et d'observations sur la culture des Iridées : c'est que plusieurs plantes de cette famille, considérées jusqu'ici comme espèces, ne sont que des variétés accidentelles d'un petit nombre d'espèces primitives, et que ces types sont beaucoup moins nombreux que les botanistes les plus éclairés ne l'ont pensé jusqu'ici.
La place importante que les belles et innombrables variétés obtenues récemment sont destinées à occuper dans nos jardins vous déterminera, je pense, à appeler l'attention de vos nombreux lecteurs sur une culture digne de tout leur intérêt.
La floraison de mes semis a commencé entre le 18 mai et le 8 juin dernier.
Voici, en résumé, les résultats obtenus :
1° Semis de l'Iris squalens, n° 12 de l'École de botanique au Jardin des Plantes.
Sur dix-sept plantes, douze ont fleuri. Aucune n'a reproduit exactement son type. Toutes varient de nuances et de dimensions.
Dix de ces variétés, très-jolies, présentent des fonds blancs striés de bleu de diverses nuances, de lilas, de pourpre, des agates, des ventre-de-biche, etc.
Les deux dernières sont des variegata pures.
2° Semis de l'Iris squalens, grande variété.
Sur trente-deux plantes, vingt-sept ont fleuri. Elles ont donné onze plantes entièrement différentes de leur type par leur port et par leurs dimensions, et dissemblables entre elles par leurs couleurs, qui présentent des fonds blancs, des bleu lapis, bleu foncé, bleu violâtre, gris de lin, des lilas, des violets, des ventre-de-biche, et des jaunes de différens tons;
Et seize variegata dont les fonds de diverses nuances de jaune sont marqués de stries plus ou moins foncées et plus ou moins multipliées.
Je dois donc conclure de cette production de dix-huit variegata sur trente-neuf plantes issues du squalens, type, et de sa variété, que le variegata peut bien être le vrai type du squalens, comme je suis autorisé à penser, par l'observation qui suit, qu'il a produit le versicolor, ou qu'il en est lui-même sorti.
3° Semis du versicolor vetus, n° 12 de l'École en 1833 et 13 en 1835.
Sur quatre-vingt-quinze plantes provenues du semis de cette espèce, vingt-quatre ont fleuri, et ont produit, savoir :
Deux versicolor pures, deux versicolor varietas ;
Vingt variegata pures, dont les fleurs n'offrent d'autres différences entre elles que celles qui existent entre les variétés d'une même espèce ; leurs pétales érigés sont de différentes nuances de jaune, et les pétales tombans des mêmes couleurs sont marqués de stries plus ou moins nombreuses et de différens tons, pourpre, violet, brun et marron.
Il résulte de cette reproduction presque exclusive du variegata par les semis du versicolor, la preuve d'une telle affinité entre ces deux espèces, que l'on ne peut décider si le variegata est sorti du versicolor, ou si le versicolor est sorti du variegata. Cependant je dois faire observer que le versicolor a donné un grand nombre de variegata et que le variegata n'a pas donné un seul versicolor.
4° Semis de l'Iris sambucina, 9e de l'École.
Sur douze plantes, trois seulement ont fleuri. Elles sont toutes les trois des variétés qui rappellent évidemment leur type et n'en diffèrent que très-peu.
5° Semis de l'Iris variegata, 13e de l'École.
Sur douze plantes, sept ont fleuri. Elles ont produit quatre variétés de leur type et en présentant tous les caractères, deux plantes dont les fleurs ont quelques rapports avec le sambucina, et un pallida, variété dont les feuilles et les fleurs sont d'une plus petite proportion que dans le pallida type.
6° Semis de l'Iris Swertii, 11e de l'École.
Sur dix plantes, six ont fleuri : deux sont identiquement semblables à leur type; quatre en diffèrent entièrement par leur port, la grandeur et la nuance des feuilles, la hauteur des hampes, le nombre, la forme et la couleur des fleurs. Ces fleurs terminent des tiges de vingt-un pouces, de deux pieds et de deux pieds et demi de hauteur. Leurs couleurs sont le lilas vineux ou violacé, le violet de différens tons avec stries sur fond blanc à la base des pétales tombans. Ces belles fleurs ne rappellent ni leur type, ni aucune espèce ou variété d'Iris connue. Elles ont, surtout l'une d'entre elles, une forme, des nuances et un caractère qui leur sont propres.
7° Semis de l'Iris de Bure, issue du plicata.
Sur quatre cent quatre plantes provenues de cette Iris, cent quarante-quatre ont fleuri en 1836, soit dans mon jardin de Paris, soit à ma campagne.
Aucune de ces cent quarante-quatre plantes n'a reproduit, soit l'Iris plicata, soit l'Iris de Bure, son type primitif, et elles diffèrent toutes singulièrement de ces deux plantes, par la disposition, la forme et les couleurs de leurs fleurs ; dix-sept ont donné des fleurs de différentes nuances de bleu sur fond blanc, marquées de stries de divers tons, bleu foncé et violet, plus ou moins multipliées et variées dans leurs dispositions. Ces plantes, ainsi que huit autres variétés que j'ai obtenues les années précédentes de l'Iris de Bure, n'ont aucun rapport avec les espèces anciennement connues.
Cent vingt-quatre autres de ces plantes sont des variétés de toutes nuances de l'Iris squalens, grande espèce, variétés différant toutes entre elles.
Parmi les trois dernières se trouvent un pallida et deux variegata.
Cette reproduction de l'Iris pallida et du variegata par les graines provenues originairement du plicata, semble devoir conduire à cette conclusion que le pallida et le variegata, sont deux des types primitifs desquels est sortie une partie des espèces connues.
Cette remarque a déjà été faite au sujet de la reproduction de seize Iris variegata sur vingt-sept plantes provenues de l'Iris squalens grande espèce, deuxième observation ci-dessus, et de un pallida sur sept plantes provenues du semis du variegata, cinquième observation.
Je soumets ces conjectures aux méditations des personnes qui s'occupent de physiologie végétale, et les invite à visiter mes collections à l'époque de la floraison. Elles pourront y observer un nombre considérable de plantes nouvelles provenues par les semis de huit espèces considérées comme primitives ou types, et de plusieurs variétés de ces espèces.
Signé DEBURE, rue Hautefeuille, 13.