Extraits de la traduction par Leconte de Lisle.
Curieusement, Iris est absente de l'Odyssée.
Pour Homère, quoique il dise qu'Iris est la messagère de TOUS les dieux (chant 15), Iris est principalement la messagère de Zeus, non de son épouse : Lorsque Héra a un message à faire passer, elle envoie la messagère prendre ses ordres de Zeus (chant 15) et lorsque Héra l'envoie néanmoins elle-même, cela est expressément précisé et répété. (chant 18)
Dans l'Iliade, un récit de guerre, la déesse Iris est bien loin de l'image à l'eau de rose d'une messagère des bonnes nouvelles !
Et la légère Iris, qui va comme le vent, envoyée de Zeus tempétueux, vint annoncer aux Troiens la nouvelle effrayante. Et ils étaient réunis, jeunes et vieux, à l'agora, devant les vestibules de Priamos. Et la légère Iris s'approcha, [...] Et la légère Iris parla ainsi :
[...] voici qu'une bataille inévitable se prépare. Certes, j'ai vu un grand nombre de combats, mais je n'ai point encore vu une armée aussi formidable et aussi innombrable. Elle est pareille aux feuilles et aux grains de sable ; et voici qu'elle vient, à travers la plaine, combattre autour de la ville. Hektôr, c'est à toi d'agir. Il y a de nombreux alliés dans la grande ville de Priamos, de races et de langues diverses. Que chaque chef arme les siens et les mène au combat.
Elle parla ainsi, et Hektôr reconnut sa voix, et il rompit l'agora, et tous coururent aux armes. [chant 2]
Et la messagère Iris s'envola chez Hélénè aux bras blancs, [...]
Et elle trouva Hélénè dans sa demeure, tissant une grande toile double, blanche comme le marbre, et y retraçant les nombreuses batailles que les Troiens dompteurs de chevaux et les Akhaiens revêtus d'airain avaient subies pour elle par les mains d'Arès.
Et Iris aux pieds légers, s'étant approchée, lui dit :
- Viens, chère Nymphe, voir le spectacle admirable des Troiens dompteurs de chevaux et des Akhaiens revêtus d'airain. Ils combattaient tantôt dans la plaine, pleins de la fureur d'Arès, et les voici maintenant assis en silence, appuyés sur leurs boucliers, et la guerre a cessé, et les piques sont enfoncées en terre. Alexandros et Ménélaos cher à Arès combattront pour toi, de leurs longues piques, et tu seras l'épouse bien-aimée du vainqueur. [chant 3]
Et le roi des hommes, Ainéias, eût sans doute péri, si la fille de Zeus, Aphroditè, ne l'eût aperçu : car elle était sa mère, [...] Elle jeta ses bras blancs autour de son fils bien-aimé et l'enveloppa des plis de son péplos éclatant, afin de le garantir des traits, [...] [Diomèdès], de l'airain meurtrier, pressait ardemment Aphroditè, sachant que c'était une Déesse pleine de faiblesse, et qu'elle n'était point de ces divinités qui se mêlent aux luttes des guerriers, comme Athènè [...] Et, la poursuivant dans la mêlée tumultueuse, le fils du magnanime Tydeus bondit, et de sa pique aiguë blessa sa main délicate. [...] Elle poussa un grand cri et laissa tomber son fils ; mais Phoibos Apollôn le releva [...] Et Diomèdès hardi au combat cria d'une voix haute à la Déesse : - Fille de Zeus, fuis la guerre et le combat. Ne te suffit-il pas de tromper de faibles femmes ? si tu retournes jamais au combat, certes, je pense que la guerre et son nom seul te feront trembler désormais.
Il parla ainsi, et Aphroditè s'envola, pleine d'affliction et gémissant profondément. Iris aux pieds rapides la conduisit hors de la mêlée, accablée de douleurs, et son beau corps était devenu noir. Et elle rencontra l'impétueux Arès [...] Elle parla ainsi, et Arès lui donna ses chevaux aux aigrettes dorées. Et, gémissant dans sa chère âme, elle monta sur le char. Iris monta auprès d'elle, prit les rênes en mains et frappa les chevaux du fouet, et ceux-ci s'envolèrent et atteignirent aussitôt le haut Olympos, demeure des Dieux. Et la rapide Iris arrêta les chevaux aux pieds prompts comme le vent, [...] Et la divine Aphroditè tomba aux genoux de Diônè sa mère... [chant 5]
Et le Père Zeus, les ayant vues de l'Ida, fut saisi d'une grande colère,
et il envoya la Messagère Iris aux ailes d'or :
- Va ! hâte-toi, légère Iris ! Fais-les reculer, et qu'elles ne se présentent point devant moi,
car ceci serait dangereux pour elles. Je le dis, et ma parole s'accomplira :
J'écraserai les chevaux rapides sous leur char que je briserai, et je les en précipiterai,
et, avant dix ans, elles ne guériront point des plaies que leur fera la foudre.
Athènè aux yeux clairs saura qu'elle a combattu son père.
Ma colère n'est point aussi grande contre Hèrè [Hèra, l'épouse de Zeus !],
car elle est habituée à toujours résister à ma volonté.
Il parla ainsi, et la Messagère Iris aux pieds prompts comme le vent s'élança,
et elle descendit des cimes Idaiennes dans le grand Olympos,
et elle les arrêta aux premières portes de l'Olympos aux vallées sans nombre,
et elle leur dit les paroles de Zeus :
- Où allez-vous ? Pourquoi votre cœur est-il ainsi troublé ?
Le Kronide ne veut pas qu'on vienne en aide aux Argiens.
Voici la menace du fils de Kronos, s'il agit selon sa parole :
Il écrasera les chevaux rapides sous votre char qu'il brisera,
et il vous en précipitera, et, avant dix ans,
vous ne guérirez point des plaies que vous fera la foudre.
Athènè aux yeux clairs, tu sauras que tu as combattu ton père !
Sa colère n'est point aussi grande contre Hèrè,
car elle est habituée à toujours résister à sa volonté.
Mais toi, très-violente et audacieuse chienne,
oseras-tu lever ta lance terrible contre Zeus ?
Ayant ainsi parlé, Iris aux pieds rapides s'envola,
[chant 8]
le Père des hommes et des Dieux descendit de l'Ouranos sur les sommets de l'Ida aux sources abondantes, avec la foudre aux mains, et il appela la Messagère Iris aux ailes d'or:
- Va ! rapide Iris, et dis à Hektôr qu'il se tienne en repos et qu'il ordonne au reste de l'armée de combattre l'ennemi aussi longtemps qu'il verra le Prince des peuples, Agamemnôn, se jeter furieux aux premiers rangs et rompre les lignes des guerriers. Mais, dès que l'Atréide, frappé d'un coup de lance ou blessé d'une flèche, remontera sur son char, je rendrai au Praimide [Hector] la force de tuer ; et il tuera, étant parvenu aux nefs bien construites, jusqu'à ce que Hélios tombe et que la nuit sacrée s'élève.
Il parla ainsi, et la rapide Iris aux pieds prompts comme le vent lui obéit.
Et elle descendit des sommets de l'Ida vers la sainte Ilios,
et elle trouva le fils du belliqueux Priamos, le divin Hektôr,
debout sur son char solide. Et Iris aux pieds rapides s'approcha et lui dit :
- Fils de Priamos, Hektôr, égal à Zeus en sagesse, le Père Zeus m'envoie te dire ceci : [...]
Ayant ainsi parlé, Iris aux pieds rapides disparut.
[chant 11]
ô vénérable Hèrè aux yeux de bœuf, Poseidaôn lui-même, quoi qu'il veuille, se conformera aussitôt à notre volonté. Si tu as dit la vérité dans ton cœur, va dans l'assemblée des Dieux, appelle Iris et l'illustre archer Apollôn, afin que l'une aille, vers l'armée des Akhaiens cuirassés, dire au roi Poseidaôn qu'il se retire de la mêlée, et qu'il rentre dans ses demeures ; et que Phoibos Apollôn ranime les forces de Hektôr et apaise les douleurs qui l'accablent, afin que le Priamide attaque de nouveau les Akhaiens et les mette en fuite. [...]
Puis, Hèrè appela, hors de l'Olympos, Apollôn et Iris,
qui est la messagère de tous les Dieux immortels, et elle leur dit en paroles ailées :
- Zeus vous ordonne de venir promptement sur l'Ida, [...]
... satisfait, dans son esprit, qu'ils eussent obéi promptement aux ordres de
l'Épouse bien-aimée, il dit d'abord en paroles ailées à Iris :
- Va ! rapide Iris, parle au Roi Poseidaôn, et sois une messagère fidèle. [...]
Il parla ainsi, et la rapide Iris aux pieds aériens descendit, du faîte des cimes Idaiennes, vers la sainte Ilios. Comme la neige vole du milieu des nuées, ou la grêle chassée par le souffle impétueux de Boréas, ainsi volait la rapide Iris ; et, s'arrêtant devant lui, elle dit à l'illustre qui ébranle la terre :
- Poseidaôn aux cheveux bleus, je suis envoyée par Zeus tempétueux. Il te commande de te retirer de la mêlée et de rester, soit dans l'assemblée des Dieux, soit dans la mer divine. Si tu n'obéissais pas à ses ordres, [...]
Et l'illustre qui ébranle la terre, indigné, lui répondit :
- Ah ! certes, bien qu'il soit grand, il parle avec orgueil, s'il veut me réduire par la force, moi, son égal. Nous sommes trois frères nés de Kronos, [...]
C'est pourquoi je ne ferai point la volonté de Zeus, [...]
Et la rapide Iris aux pieds aériens lui répondit :
- Poseidaôn aux cheveux bleus, me faut-il rapporter à Zeus cette parole dure et hautaine ? Ne changeras-tu point ? L'esprit des sages n'est point inflexible, et tu sais que les Érinnyes suivent les aînés.
Et Poseidaôn qui ébranle la terre lui répondit :
- Déesse Iris, tu as bien parlé. Il est bon qu'un messager possède la prudence ;
mais une amère douleur emplit mon esprit et mon cœur, quand Zeus veut,
par des paroles violentes, réduire son égal en honneurs et en droits.
Je céderai, quoique indigné ; mais je te le dis, et je le menacerai de ceci : [...]
[chant 15]
Et les Akhaiens aux belles knèmides n'avaient pu enlever hors des traits
le cadavre de Patroklos, du compagnon d'Akhilleus [...]
De même que les bergers campagnards
ne peuvent chasser loin de sa proie un lion fauve et affamé,
de même les deux Aias ne pouvaient repousser le Priamide Hektôr loin du cadavre ;
et il l'eût entraîné, et il eût remporté une grande gloire,
si la rapide Iris aux pieds aériens
vers le Pèléide [Achille] ne fût venue à la hâte de l'Olympos, afin qu'il se montrât.
Hèrè l'avait envoyée, Zeus et les autres Dieux l'ignorant.
Et, debout auprès de lui, elle dit en paroles ailées :
- Lève-toi, Pèléide, le plus effrayant des hommes,
et secours Patroklos pour qui on combat avec fureur [...]
l'illustre Hektôr espère surtout l'entraîner,
et il veut mettre, après l'avoir coupée, la tête de Patroklos au bout d'un pieu.
Lève-toi ; ne reste pas plus longtemps inerte,
et que la honte te saisisse en songeant à Patroklos devenu le jouet des chiens troiens.
Ce serait un opprobre pour toi, si son cadavre était souillé.
Et le divin et rapide Akhilleus lui dit:
- Déesse Iris, qui d'entre les Dieux t'a envoyée vers moi ?
Et la rapide Iris aux pieds aériens lui répondit:
- Hèrè, la glorieuse épouse de Zeus, m'a envoyée ;
et le sublime Kronide et tous les Immortels qui habitent l'Olympos neigeux l'ignorent.
Et Aklilleus aux pieds rapides, lui répondant, parla ainsi :
- Comment irais-je au combat, puisqu'ils ont mes armes ? [...]
Je ne puis revêtir celles d'aucun autre guerrier, [...]
Et la rapide Iris aux pieds aériens lui répondit:
- Certes, nous savons que tes belles armes te sont enlevées ;
mais, tel que te voilà, apparais aux Troiens sur le bord du fossé ;
et ils reculeront épouvantés, et les braves fils des Akhaiens respireront.
Il ne s'agit que de respirer un moment.
Ayant ainsi parlé, la rapide Iris disparut.
[chant 18]
[Le bucher de Patrocle ne brulant pas faute de vent...]
Et la rapide Iris entendit ses prières et s'envola en messagère auprès des Vents.
Et, rassemblés en foule dans la demeure du violent Zéphyros, ils célébraient un festin.
Et la rapide Iris survint et s'arrêta sur le seuil de pierre.
Et, dès qu'ils l'eurent vue de leurs yeux, tous se levèrent, et chacun l'appela près de lui.
Mais elle ne voulut point s'asseoir et leur dit :
- Ce n'est pas le temps de m'asseoir. Je retourne aux bouches de l'Okéanos,
dans la terre des Aithiopiens, là où ils sacrifient des hécatombes aux Immortels,
et j'en ai ma part. Mais Akhilleus appelle Boréas et le sonore Zéphyros.
Il les supplie de venir, [...]
Elle parla ainsi et s'envola.
[chant 23]
Mais Akhilleus pleurait, se souvenant de son cher compagnon [...]
il attela ses chevaux rapides, et, liant Hektôr derrière le char,
il le traîna trois fois autour du tombeau [...]
et il laissa Hektôr étendu, la face dans la poussière.
Mais Apollôn, plein de pitié pour le guerrier sans vie,
éloignait du corps toute souillure [...]
Et quand Éôs se leva pour la douzième fois, Phoibos Apollôn parla ainsi au milieu des Immortels :
- Ô Dieux ! vous êtes injustes et cruels. Pour vous, naguère,
Hektôr ne brûlait-il pas les cuisses des bœufs et des meilleures chèvres ?
Et, maintenant, vous ne voulez pas même rendre son cadavre à sa femme, à sa mère,
à son fils, à son père Priamos et à ses peuples, pour qu'ils le revoient
et qu'ils le brûlent, et qu'ils accomplissent ses funérailles.
Ô Dieux ! vous ne voulez protéger que le féroce Akhilleus
dont les desseins sont haïssables, [...]
Et Zeus qui amasse les nuées, lui répondant, parla ainsi :
- [...] Qu'un des Dieux appelle Thétis auprès de moi, et je lui dirai de sages paroles,
afin qu'Akhilleus reçoive les présents de Priamos et rende Hektôr.
Il parla ainsi, et la messagère Iris aux pieds tourbillonnants partit.
Entre Samos et Imbros, elle sauta dans la noire mer qui retentit.
Et elle s'enfonça dans les profondeurs comme le plomb qui,
attaché à la corne d'un bœuf sauvage, descend, portant la mort aux poissons voraces.
Et elle trouva Thétis dans sa grotte creuse ;
et autour d'elle les Déesses de la mer étaient assises en foule.
Et là, Thétis pleurait la destinée de son fils irréprochable qui
devait mourir devant la riche Troiè, loin de sa patrie.
Et, s'approchant, la rapide Iris lui dit :
- Lève-toi, Thétis. Zeus aux desseins éternels t'appelle.
[...] la noble Déesse prit un voile bleu, le plus sombre de tous, et se hâta de partir. Et la rapide Iris aux pieds aériens allait devant. Et l'eau de la mer s'entrouvrit devant elles ; et, montant sur le rivage, elles s'élancèrent dans l'Ouranos. Et elles trouvèrent là le Kronide au large regard, [...]
- Déesse Thétis, tu es venue dans l'Olympos malgré ta tristesse, car je sais que tu as dans le cœur une douleur insupportable. Cependant, je te dirai pourquoi je t'ai appelée. Depuis neuf jours une dissension s'est élevée entre les Immortels à cause du cadavre de Hektôr, et d'Akhilleus destructeur de citadelles. Les Dieux excitaient le vigilant Tueur d'Argos à enlever le corps du Priamide ; mais je protège la gloire d'Akhilleus, car j'ai gardé mon respect et mon amitié pour toi. Va donc promptement à l'armée des Argiens, et donne des ordres à ton fils. [...] Cependant, j'enverrai Iris au magnanime Priamos afin que, se rendant aux nefs des Akhaiens, il rachète son fils bien-aimé, et qu'il porte des présents qui fléchissent le cœur d'Akhilleus.
Il parla ainsi, et la Déesse Thétis aux pieds d'argent obéit. [...]
Et le Kronide envoya Iris vers la sainte Ilios :
- Va, rapide Iris. Quitte ton siège dans l'Olympos, et ordonne, dans Ilios, au magnanime Priamos qu'il aille aux nefs des Akhaiens afin de racheter son fils bien-aimé, et qu'il porte à Akhilleus des présents qui fléchissent son cœur. [...]
Il parla ainsi, et la messagère Iris aux pieds tourbillonnants s'élança et parvint aux demeures de Priamos, pleines de gémissements et de deuil. Et les fils étaient assis dans la cour autour de leur père, et ils trempaient de larmes leurs vêtements. Et, au milieu d'eux, le vieillard s'enveloppait dans son manteau, et sa tête blanche et ses épaules étaient souillées de la cendre qu'il y avait répandue de ses mains, en se roulant sur la terre. Et ses filles et ses belles-filles se lamentaient par les demeures, se souvenant de tant de braves guerriers tombés morts sous les mains des Argiens.
- Rassure-toi, Priamos Dardanide, et ne tremble pas. Je ne viens point t'annoncer de malheur, mais une heureuse nouvelle. Je suis envoyée par Zeus qui, de loin, prend souci de toi et te plaint. L'Olympien t'ordonne de racheter le divin Hektôr, et de porter à Akhilleus des présents qui fléchissent son cœur. [...]
Ayant ainsi parlé, la rapide Iris partit.
[chant 24]
Et trois dragons azurés s'enroulaient jusqu'au col, semblables aux Iris que le Kroniôn fixa dans la nuée pour être un signe aux vivants. [chant 11]
De même que l'Ouranien Zeus envoie aux vivants une Iris pourprée, signe de guerre ou de froides tempêtes, qui interrompt les travaux des hommes et nuit aux troupeaux ; de même Athènè, s'enveloppant d'une nuée pourprée, se mêla à la foule des Akhaiens. [chant 17]