Dioscoride




L'œuvre de Dioscoride est restée durant près de quinze siècles une des principales référence en botanique médicale. Elle est aujourd'hui un document privilégié pour l'étude de la botanique de l'antiquité.


Pedanius Dioscorides (~40 à ~90) était un médecin grec originaire d'Anazarbus, en Cilicie, actuellement le sud de la Turquie. Comme chirurgien dans l'armée de Néron, il voyagea beaucoup : Italie, Gaule, Espagne, Afrique du Nord, et amassa des connaissances botaniques. Vers l'an 70 il compila une liste de plantes médicinales et de leurs usages.

L'œuvre, écrite en grec, est plus connue sous son nom latin : "De Materia Medica". Dans les siècles suivants, cet ouvrage sera abondamment recopié, en grec d'abord.

Un fragment de manuscrit précoce, le Michigan Papyrus, laisse penser que l'œuvre originale de Dioscoride ne comportait pas d'illustration.

Iris du Vienna Dioscorides Lors des copies des ajouts sont parfois effectués :
Le Codex de Vienne, datant de 512 environ, est héritier d'une lignée de copies avec ajout, probablement au 1er siècle, des synonymes des noms des plantes en plusieurs langues et ajout, peut-être au 2e siècle, d'illustrations dans le style byzantin. En outre, sont ajoutés des extraits de Galien et du Rhizotomicon de Crateuas (médecin de Mithridate). Ce manuscrit magnifique aurait été offert pour l'anniversaire de Juliana Anicia, fille de l'empereur de Constantinople Anicius Olybrius.

"Vienna Dioscorides" couramment appelé Codex Aniciae Julianae, Codex Vindobonensis ou encore Codex Constantinopolitanus... (Vienna, Nationalbibliothek, Cod. Med. Gr. 1, Dioscorides)

Quelques pages visibles seulement, dont Cyclamen (180 Ko).
(University of Virginia, Health System)

NB : Manuscrit déclaré patrimoine mondial par l'UNESCO en 1998.

Existe en fac-simile, de même que le manuscrit de Naples.

Byzantine Garden Culture (Extraits ; 1,6 Mo ; format PDF) en

Le manuscrit de Naples, de la fin du 7e siècle, hérite de la même lignée d'illustrations. Comparez les iris.

"Dioscurides Neapolitanus" (7e siècle) - 31 pages visibles sur 170, dont Iris, Cyclamen, lis. (Biblioteca Nazionale di Napoli).

Le livre sera également traduit en latin et en de nombreuses langues européennes et orientales. De nombreux sites de copie existent, de l'Europe à l'Asie Centrale. Ces copies et ses traductions seront elles même les modèles de nouvelles copies et traductions... aboutissant au fil des siècles en Europe à une dégradation progressive du contenu.

Grâce aux contacts avec la grande civilisation Arabe, alors dépositaire des savoirs de l'antiquité, un retour à des textes plus fidèles à l'original sera possible.

Le lis sur une copie du début 15e siècle.

...

Au 16e siècle l'intérêt pour l'œuvre maintenant bien ancienne de Dioscoride n'est pas épuisé. Au contraire et ce retour aux sources de l'antiquité accompagnera une renaissance, un renouveau de la botanique. D'autre part, avec l'imprimerie, l'ouvrage sera largement diffusé, en de nombreuses langues (première édition imprimée en toscane en 1478).

Dioscoride : Divers éditions imprimées du 16e au 19e siècle disponibles en ligne (BIUM).

Pierre André Mattiole (1500 - 1577), médecin de Ferdinand I puis de Maximilien II, publia des traductions de Dioscoride en diverses langues, ainsi que de nombreux "commentaires". Il chercha à corriger les erreurs d'identification des plantes : Alors que les plantes du "De Materia Medica" sont souvent originaire du moyen orient, leurs noms et propriétés avaient souvent été attribué à nos plantes indigènes (Cf. le cas du faux acore). Voulant être la suprême autorité sur Dioscoride, il n'hésita pas à nuire à ses contradicteurs. Il n'était en effet pas le seul à s'intéresser à ce texte !

Version latine, Matthiole, 1554. [Gallica : p17, p18, p19 = PDF]

[Diosc. I-1] Iris à cœlestis arcus similitudine nomen accepit. Folia fert gladioli, sed maiora, latiora, & pinguiora. Flores in summitate cuiusque caulis, æqualibus inter se spatijs distant, incurvi, varij : siquidem candidi, pallentes, lutei, purpurei, aut cærulei conspiciuntur : qua diversi coloris specie, quædam cœlestis arcus imago repræsentari videtur. Radices subiacent geniculatæ, solidæ, odoratæ : quæ frustatim diffectæ, in umbra siccantur, & traiectæ lino reconduntur. Melior est Illirica, & Macedonica...

Traduction française, Matthiole, 1572. [Gallica p17, p18, p19 = PDF]

La flambe est nommee Iris pour la semblance quell' a avec l'arc en ciel. Ses feuilles sont comme celles du glaieul, toutesfois plus grandes, plus larges, plus épaisses. Ses fleurs sont à la cime de chaque tige également éloignées l'une de l'autre, courbes, de diverses couleurs : car on y void du blanc, du palle, du jaune, du pers & bleu : laquelle diversité de couleurs la fait comparer à l'arc en ciel. Les racines sont noueuses, massives, de bone odeur. On les couppe en rouelles pour les secher à l'ombre, puis on les enfile pour les garder. La meilleure flambe est celle de Slavonie, & de Macedoine: & entre icelles la plus exquise est celle qui a les racines fort serrees, comme racourcies, fortes à rompre, roussatres, ameres au goust, d'odeur suave & sans aucun méllange d'étrange odeur, qui ne sentent aucunement le moysi, & font éternuer quand on les pile. La seconde en vertue est la flambe d'Afrique, blanche, amere au goust. Les racines avec le tems deviennent vermoulues, toutesfois, lors elles sont plus odorantes...

Editions de 1572 et de 1579. [BIUM]

En 1562, Ogier Ghislain de Busbecq (qui apporta en Europe les tulipes et le lilas), ambassadeur de Ferdinand I de Habsbourg auprès de la Sublime Porte, mentionne un manuscrit, propriété du médecin de Soliman le Magnifique. C'est le fameux codex datant de 512. Sept ans plus tard, il rejoindra la bibliothèque impériale de Vienne, non sans passer dans les mains de Matthiole !

Dans la seconde moitié du 18e siècle, John Sibthorp se basant sur la traduction anglaise de John Goodyer (17e) et ayant, avec plusieurs éminent botanistes et illustrateurs, examiné le Codex de Vienne puis revisité la méditerranée orientale pour retrouver les plantes de Dioscoride, débuta une fameuse "Flora Graeca" (publiée en 1806-40), considérée comme une des plus belles flores.

Une planche de la Flora Graeca représentant Iris germanica dessiné par Ferdinand Bauer.

Pour en savoir plus :

Quelques pages en anglais sur les multiples manuscrits de Dioscoride et les livres imprimés... en


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BP 16, 78354 Jouy-en-Josas cedex, France.