Aperçu du genre Scadoxus

Iris et Bulbeuses n° 158 p 58-61. (2008). Pascal Vigneron.



Scadoxus multiflorus ssp katharinae
Détail du S. multiflorus ssp katharinae

« Gloire de l'ombre », telle est la signification du nom Scadoxus, une splendeur de la pénombre des forêts tropicales africaines. Son proche cousin Haemanthus, « fleur de sang », est - à l'opposé - un grand amateur de soleil. Ces deux genres d'Amaryllidacées, longtemps réunis, n'ont été séparés qu'en 1976.

L'inflorescence des deux genres est une (fausse) ombelle groupant, au sommet d'une hampe nue, de nombreuses petites fleurs entourées de bractées, marcescentes ou persistantes. Les fleurs à ovaire infère ont un périgone à tépales soudés en tube à la base et à segments libres étroits. 6 longues étamines sont insérées à la gorge du tube.

Alors que leurs inflorescences sont d'aspect très voisin, les deux genres se distinguent clairement au premier coup d'œil par l'appareil végétatif, feuilles et bulbes :

Les feuilles de Scadoxus ont un long pétiole, prolongé par une épaisse nervure au milieu d'un limbe mince, « membraneux », et plus ou moins ondulé. Feuilles toujours glabres. Les feuilles des Haemanthus sont épaisses et charnues sur toute leur surface et ne sont pas pétiolées mais tout au plus spatulées. Feuilles souvent pubescentes.
Les pétioles de Scadoxus sont, chez la majorité des espèces, longuement engainants, formant par l'accumulation de cylindres concentriques un faux tronc comparable au blanc d'un poireau. La large base de la feuille d'Haemanthus, non engainante, reste plate et donne un bulbe au col large, aplati.
La disposition des feuilles successives est en double spirale chez Scadoxus alors que chez Haemanthus les paires de feuilles opposées se superposent (feuilles distiques).
Le bulbe circulaire de Scadoxus est chez certaines espèces peu développé, au profit du plateau (espèces « rhizomateuses ») et des racines charnues. Le bulbes des Haemanthus est souvent original, aplati latéralement, perpendiculairement à l'aplatissement du col déjà mentionné. Les écailles qui le constituent sont souvent incomplètement engainantes et non ou mal cachées par une tunique.
Géographiquement, Scadoxus est répandu de l'Afrique australe à l'Afrique tropicale et équatoriale de l'Ouest et de l'Est, jusqu'au Yémen. Absent des régions trop sèches ou à pluie hivernale exclusive. Toutes les espèces ont une végétation estivale ou pérenne. Haemanthus est limité à l'Afrique australe, dans les régions à pluies hivernales aussi bien qu'estivales. De nombreuses espèces ont une croissance hivernale.
Formule chromosomique : Scadoxus, 2n = 18 chromosomes. Haemanthus, 2n = 16.

Historiquement, la connaissance de Scadoxus en Europe remonte au règne de Henri IV : Pierre Vallet représente en effet une espèce sous le nom Satyrium guinea delatum sur la planche 42 de son ouvrage, « le jardin du roi... » paru vers 1608. La « tulipe du Cape », bulbeuse aux larges bractées semblables à des pétales, sera la seconde espèce connue. Curieusement Linné ne mentionne que cette dernière en 1753 (Haemanthus puniceus L.).
Le XIXe siècle, avec sa passion des bulbeuses, verra une myriade de publications de nouveaux taxons. Ce ne sont en fait que des formes locales ou individuelles de trois espèces à vaste répartition géographique (H. puniceus, H. multiflorus, H. cinnabarinus) puis, tardivement, une espèce plus localisée : H. membranaceus (1888).
Au XXe siècle, peu de publications de « nouveaux » taxons, mais cinq bonnes espèces !
Les deux dernières découvertes, Haemanthus nutans et H. pseudocaulus, en 1971-72 pousseront leurs auteurs à faire une révision du genre Haemanthus et finalement à le diviser en 1976. L'idée de cette division n'était pas nouvelle puisque W. Herbert (1837) s'était posé la question et Rafinesque (1836-38) avait publié le nom de genre Scadoxus pour l'espèce S. multiflorus, vainement. En 1866 Salisbury divise Haemanthus en 5 genres que Baker réduit au rang de sous genres, dont Gyaxis et Nerissa pour nos plantes.

Les 9 espèces

Scadoxus multiflorus (Martyn) Raf., 1838 : réuni trois sous espèces bien distinctes.
* sous-espèce multiflorus (26 synonymes) : « Bulbe » sur un épais plateau. En début d'été, une hampe florale (10-40 cm) naît à coté du faux tronc des feuilles et porte une ombelle sphérique de nombreuses fleurs rose foncé aux tépales étroits, filiformes. Longues étamines rouges à anthères jaunes. L'inflorescence a l'aspect très léger d'une boule de feu d'artifice ou d'un pompon. « Oignon à tête de grue couronnée », cette appellation joliment descriptive est la traduction littérale d'un nom démé (Tchad). Floraison avant le complet développement des feuilles. Végétation estivale brève. C'est une plante très répandue (Afr. australe, de l'Ouest, Est, Yémen), présente surtout sur les berges boisées et divers types de forêts jusqu'à la savane arborée. Ne manque que dans les régions les plus sèches. Les plantes du commerce, fréquentes en bulbe nu, aux hampes de 30-40 cm et ombelle de 15-20 cm de diamètre, ne reflètent pas la grande variabilité de cette sous espèce.
* subsp. katharinae (Bak.) Friis & Nordal : Plante 2 fois plus haute que la précédente. Bulbe : épaississement peu marqué de la base du faux tronc, lequel, comme la végétation, persiste une année. Chaque printemps, la pousse de l'année déchire la base du faux tronc précédent pour sortir. Floraison après le développement du feuillage. Fleurs aux tépales plus large, légèrement ovales, rose un peu saumoné, très discret parfum rappelant l'ananas. Ombelle d'environ 200 fleurs épanouies sur plus de 15 jours. Répartition limitée à l'Afr. australe (Est d'Afr. du Sud, Zimbabwe, Mozambique). Culture recommandée, mais moins facile à trouver que la précédente sous espèce.
* subsp. longitubus (C. H. Wright) Friis & Nordal : se distingue par le tube du périgone dépassant 2 cm. Origine : Afr. De l'Ouest.

S. puniceus (L.) Friis & Nordal, 1976 (10 synonymes) : Habituellement le feuillage se développe après la floraison printanière et est saisonnier. Hampe portant cinq (ou plus) remarquables grandes bractées, diversement colorées, persistantes, enserrant les fleurs de l'ombelle qui prend un aspect de brosse de peintre. Très variable. Origine : de l'Afr. Du Sud à la Tanzanie, Ethiopie. Très cultivée dans le monde, sous divers noms de formes, mais peu disponible en France.

S. cinnabarinus (Decaisne) Friis & Nordal, 1976 (19 synonymes) : Hampe sortant du milieu du faux tronc, et non à côté. Fleur d'un beau rouge cinabre (ou minium). Vaste répartition en Afr. de l'Ouest et centrale, en forêts humides. Variable. Etait disponible dans le commerce au XIXe siècle, ainsi que des hybrides belges. Espèce hélas introuvable aujourd'hui, hors d'Afrique.

S. membranaceus (Bak.) Friis & Nordal, 1976 : Beau feuillage foncé, réellement persistant. Pétioles non engainants, ne formant pas de faux tronc. Inflorescence entourée de quatre bractées persistantes. (Se distingue de S. puniceus par le nombre de bractées et surtout l'absence de faux tronc.). Se multiplie végétativement abondamment. Floraison capricieuse. Origine : Côte Sud-Est d'Afr. du Sud.

S. longifolius (De Wild. & T. Durand) Friis & Nordal, 1976 : Caractérisé par des feuilles au limbe dix fois plus long que large. Afrique de l'Ouest. Non cultivé ?

S. cyrtanthiflorus (C. H. Wright) Friis & Nordal, 1976 : Original par ses fleurs pendantes aux tépales courts et au tube conique. Endémique de la montagne Ruwenzori, Ouganda, frontière avec le Congo. Non cultivé ?

S. pole-evansii (Oberm.) Friis & Nordal, 1976 : Très belle et grande espèce, parfois comparée à la ssp. katharinae, mais avec des fleurs moins filiformes, aux tépales ovales, rose brillant. Feuillage plus ou moins persistant. Endémique des gorges et vallées boisées du versant Est des monts Nyangani, au Nord-Est du Zimbabwe. Non disponible en Europe.

S. nutans (Friis & Björnstad) Friis & Nordal : Petite espèce originale par le développement de sa hampe : celle-ci, née dans la base du faux tronc, en provoque la déchirure par où elle s'extériorise. Le sommet de la hampe est recourbée et l'inflorescence en brosse est inclinée vers le sol. Bractées soudées entre-elles par leur base. SW Ethiopie. Indisponible en Europe.

S. pseudocaulus (Björnstad & Friis) Friis & Nordal, 1976 : La hampe, assez courte, s'extériorise par une déchirure de la base du faux tronc. Bractées maintenant l'ombelle semi-compacte. Afrique tropicale. Indisponible en Europe.

Culture

Scadoxus multiflorus ssp. multiflorus est facile à trouver dans le commerce, sous forme de bulbe, et tout aussi facile à perdre en culture, par l'arrosage hors végétation active !
A cultiver en pot de 12-20 cm. Le substrat doit être bien drainant et riche en humus. Le bulbe est planté au printemps avec la pointe dépassant légèrement du sol. On maintient le mélange juste à peine humide tant que le bulbe ne pousse pas, ce qui peut attendre le début d'été. Ensuite les arrosages réguliers, avec éventuellement de l'engrais dilué, maintiennent le sol bien humide mais non détrempé. La plante aime une très légère ombre et peut souffrir du plein soleil de midi. Après une brève saison de végétation, dès que le feuillage jaunit, les arrosages sont arrêtés. Le bulbe sans feuilles est laissé dans son pot sec et conservé hors gel jusqu'au printemps suivant. Renouveler alors le substrat humifère permet une bonne croissance et une multiplication végétative de la plante. Attendre que les rejets soient complètement détachés de leur mère pour les replanter à part lors d'un renouvellement du sol au printemps. On ne peut envisager le culture en pleine terre que dans les régions très chaudes : zone USDA 10 et plus. Le pot peut passer l'été dehors.

La grande sous espèces katharinae a les même besoin en matière de substrat, de lumière et de température. A cultiver en pot de 15-30 cm. Les feuilles persistent toute l'année, autorisant un arrosage continu, abondant l'été, modéré l'hiver. Le feuillage peut toutefois disparaître prématurément en cas de sécheresse. La plante peut passer l'été dehors, à mi ombre comme le Clivia. Cette plante moins facile à trouver que la précédente parait heureusement difficile à perdre !

D'autres espèces à végétation permanente, comme S. membranaceus, se cultivent de même, avec des arrosages toute l'année.
Pour une meilleur croissance et floraison, éviter les pots trop petits.

La majorité des espèces sont introuvables. On peut parfois s'en procurer des graines.

Le semis est comparable au semis de Clivia. Après la floraison estivale, les ovaires des fleurs pollinisées de Scadoxus forment des baies, d'abord vertes, puis tournant à l'orange lors de la maturité, vers janvier. Elles peuvent être laissées encore quelques semaines à titre décoratif. Les baies récoltées sont débarrassées complètement de la pulpe et de la fine membrane (endocarpe) qui persiste parfois autour de la graine. Ainsi propres, elles peuvent être conservées quelques semaines, ou plus longtemps si placées au réfrigérateur. Ces grosses graines sans dormance doivent impérativement être semées dans les quelques mois suivants. L'hiver ou le printemps est le moment idéal. Placées sur le substrat tourbeux ou riche en humus, les graines sont simplement enfoncées dans la surface, sans être couvertes. L'ensemble est maintenu humide en le plaçant dans une mini serre ou un sachet plastique transparent. La graine forme une bulbille souterraine avant d'émettre une première feuille, qui peut attendre un an ! On transplante plus tard les jeunes plantes lorsqu'elles ont 2 ou 3 feuilles. On peut arroser avec de l'engrais dilué 4 fois. La croissance est lente et la floraison n'intervient pas avant un minimum de trois ou quatre ans.

En intérieur peut être gravement attaqué par les cochenilles, en extérieur par les limaces.

Utilisations diverses

Ces plantes toxiques par leurs alcaloïdes ont divers usages ethnobotaniques : poison de pêche, poison de flèche, usage médicinal...

L'espèce Haemanthus katharinae (aujourd'hui S. multiflorus ssp. katharinae), grâce à ses gros chromosomes bien visibles en microscopie, a été abondamment utilisée à partir des années 1950 dans les recherches - d'abord au plan morphologiques - sur les chromosomes, les microtubules et les mécanismes de la mitose (division cellulaire). Puis des études biochimiques ont été poursuivies avec la même espèce. A servi parfois à tester des inhibiteurs du fuseau mitotique.



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