Le drap mortuaire

Iris et Bulbeuses n° 157 p 39. (2007). Sébastien Cancade.


Cétoine griseLe drap mortuaire est le nom vernaculaire de la cétoine funeste ou cétoine grise ; son nom scientifique est Oxythyrea funesta. C’est un coléoptère cétonidé de 1 à 1,5 cm de long qui présente une cuticule gris noir piquetée de quelques points blancs. Sa forme est très ressemblante à la fameuse cétoine dorée que l’on rencontre moins souvent et qui se fait rare de nos jours.

Sa particularité : dévorer les fleurs d’iris et de roses notamment.

Il agit entre Avril et Juillet, au moment ou les floraisons printanières sont au firmament et ses dégâts peuvent être considérables. Chez moi j’ai vu des fleurs d’iris détruites en moins de 6 heures, il faut dire qu’ils peuvent être plus d’une dizaine sur une seule fleur (surtout si elle est blanche).

Malheureusement les moyens de lutte sont minimes et parfois peu respectueux de la nature. J’ai essayé un produit à base de Carbamates et de Pyréthrinoïdes de synthèse et dont je ne citerai pas le nom. Ses principes de base ne nuisent pas, en principe, aux insectes butineurs, ce qui permet un traitement directement sur la fleur. Mais les résultats sont maigres et ne permettent pas une lutte efficace. Il faut dire que chez moi c’est l’invasion ! La tempête de décembre 1999 semble en avoir démultiplié la prolifération. Une cétoine de perdue, 10 de retrouvées ! Cet insecte se reproduit dans le terreau des arbres pourris essentiellement, ceci explique peut-être cela. On en trouve aussi des larves, très ressemblantes aux larves de hanneton, dans le compost maison ou dans le tas de fumier du potager.

Ce qui m’amène à un deuxième moyen de lutte, lui aussi bien maigre : le traitement contre les vers blancs, que l’on trouve dans le commerce sous forme de granulés et qui est bien connu des adeptes du potager. Il semble préférable de l’utiliser en automne et en hiver lorsqu’il ne gèle pas et après un léger griffage du sol. Il ne faudrait pas se contenter d’en disséminer au pied des rhizomes mais partout dans le jardin, ce qui est peu envisageable et aussi coûteux. Ce moyen reste donc un peu farfelu, mais bon ! qui ne tente rien n’a rien.

Troisième idée : la destruction manuelle, gratuite et naturelle mais quel travail !! Impossible chez moi de pratiquer ceci. Mais ce qui n’est pas valable chez moi peut l’être ailleurs et pour les jardiniers qui ne possèdent que quelques touffes de notre fleur préférée, sans doute est-ce une lutte saine et efficace.

Quatrième possibilité et qui reste à explorer dans un jardin d’essai : l’encadrement des fleurs aux teintes blanches par des fleurs foncées. Comme une barrière naturelle. Plusieurs passionné(e)s se sont en effet rendu compte que la cétoine préfère le blanc aux autres couleurs. Avantage : aucun outil chimique utilisé et coût de revient nul. On peut même aller plus loin puisque l’on sait que certaines variétés ne sont pas du tout aimées des cétoines, de là à dire qu’elles les éloignent, il y a sans doute un pas que je ne franchirai pas ; en tout cas c’est une belle voie à explorer.

Je ne donne ici que quelques pistes et il en existe sûrement d’autres, qu’elles soient chimiques (principes de base que je ne connais pas) ou naturelles (on pourrait imaginer une fleur qui l’éloigne, tel le lin vis à vis du doryphore ou l’œillet d’Inde vis à vis de la mouche de la carotte). Si vous avez, vous aussi des moyens de lutte, n’hésitez pas à le signaler.

Reste que la nature est la plus forte et qu’elle a toujours le dernier mot, alors ne soyons pas trop dur envers nos amis les insectes sans qui la vie humaine ne serait pas possible et restons humble devant nos ennemis à plusieurs pattes.



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