Iris et Bulbeuse n° 149, p 7-9, (2003), Jean-Michel Cagnard
Photographies: Jean-Michel Cagnard
A noter que nous avons découvert ce lieu magnifique à l'occasion de la récupération d'une partie de la collection d'iris de M. Simonet. Cette collection longtemps hébergée sur le domaine de l'Arboretum a été en grande partie replantée aux Jardins de Brocéliande qui détiennent maintenant la collection nationale d'iris français.
Aussi, c'est avec toujours beaucoup de plaisir que nous retrouvons Chèvreloup, à l'occasion d'une visite organisée. (Trois visites ont été proposées en début d'année : deux visites des serres et une de l'arboretum).
24 avril 2003 : une douzaine de personnes se retrouvent à l'entrée de l'arboretum de Chèvreloup. Devant l'étendue du domaine (200 ha) coincé entre le triangle de Rocquencourt et Parly 2, nous nous déplacerons en voiture d'un endroit à un autre pour un programme prévu d'une visite de 2 h.
Première halte en un point nous permettant d'embrasser du regard une bonne partie de l'arboretum, occasion pour notre guide, Philippe Raynaud, de nous raconter la naissance et l'organisation de cet espace. Initialement (1922) conçu en jardin à la française avec des alignements de frênes et des quinconces d'érables, les essences représentatives des zones tempérées de l'hémisphère nord ou méditerranéenne d'altitude sont depuis 1962 regroupées par zone géographique de 50 ha environ : Amérique jusqu'au Nouveau Mexique, Russie, Asie, et Afrique du Nord. Des variations dues à des mutations spontanées et à la sélection naturelle ont donné lieu à l'apparition de cultivars panachés, nains ou "pleureurs".
L'arboretum abrite des collections du genre "malus" (Malus denticulata d'origine ouzbeke), d'aubépines, d'épicéas (Picea) et de sapins (Abies). Ces dernières ont été très endommagées par la tempête de décembre 1999 (perte d'environ mille arbres dans l'arboretum) et un programme de sauvetage par greffage et bouturage a été initié. Les corneilles endommagent aussi les arbres en se perchant sur leur cime qui casse.
L'arboretum cultive les ligneux (arbres et arbustes) pour la ville de Paris et certains ministères, notamment celui de l'Éducation Nationale.
Le groupe débute la visite par la section des conifères non ouverte au public : plantés en ligne, et préservés des lapins, ce sont des cultivars peu répandus voire peu connus présentant des caractéristiques particulières : port bas, taille naine, feuillage panaché. Le pin aristata suscite l'intérêt des visiteurs quand notre guide précise que, poussant très lentement, il sert de référence pour la datation au C14.
Avant de quitter le coin des conifères pour nous promener sous de grands arbres plantés depuis la naissance de l'arboretum, nous pouvons admirer un lilas jaune, la seule espèce connue, pâle certes, mais indéniablement jaune. Nous suivons, sans trop nous attarder, notre guide désireux de nous montrer le maximum d'essences particulières. Nous rencontrerons un Davidia involucrata (Davidia vilmoriniana suivant la dernière mise à jour des botanistes) qui fleurit à 40 ans, un Kalopanax pictus qui a supporté le gel alors qu'aucun document ne le décrit comme rustique. Plusieurs cônes du pin de Californie (Pinus coulteri) appelé "pin des veuves" sont emportés par les SFIBiens. La visite de cette zone se termine par la découverte d'un hêtre (Fagus engleriana), seul exemplaire connu et difficile à multiplier, et du Prunus serrulata.
Arrêt un peu plus loin pour découvrir les "balais de sorcière" : sur un sapin Abies grandis s'est formée une masse qui d'en bas parait être un enchevêtrement de branches. Touffe compacte, un peu désordonnée et nettement différenciée, elle peut donner naissance une fois recueillie puis plantée à une forme naine. Un deuxième nous attend, porté par un merisier. Plus loin, vision d'une haie de marronniers rouges en fleur, obtenus par semis dans les jardins royaux. Enfin, avant de repartir vers les zones de semis et de multiplication, le groupe pourra admirer les cônes en formation d'un Araucaria femelle et les fleurs sur un exemplaire mâle.
Philippe Raynaud nous conduit enfin, pour la dernière partie de notre visite, dans les zones consacrées à la multiplication des cultivars par semis et greffage. Il s'agit de pallier les pertes causées par la tempête de décembre 1999, de préparer des échanges avec d'autres arboretums ou simplement d'obtenir des cultivars destinés à d'autres jardins. L'arboretum abrite aussi des serres horticoles (productions de fleurs pour les massifs parisiens) et tropicales.
Nous y rencontrerons Ligustrum japonicum 'Chèvreloup' au feuillage panaché, un Weigelia praecox et un chêne du Colorado Quercus hinckleyi dont ne subsistent à l'état libre que 200 exemplaires. Notre guide prendra aussi le temps de nous expliquer sa politique de conservation des cultivars pour éviter d'en perdre un définitivement (tempête, maladie, foudre…) et donc sauver le génotype de chaque cultivar : recréer un sujet jeune par greffage à partir du pied-mère tous les 10 ans ; multiplier pour avoir trois exemplaires à l'arboretum de Chèvreloup et d'autres dans d'autres jardins en Île de France ; mener une politique d'échanges internationaux. Ainsi les sapins meurtris par la tempête de décembre 1999 font l'objet d'un programme de multiplication pour reconstruire une population conséquente comme le cèdre de Chypre dont les descendants (greffons prélevés juste après la tempête) sont en train de pousser lentement dans des pots.
Comment assurer la réussite des semis et la pousse de ces jeunes arbres greffés ? En les rempotant chaque année dans un pot pour rosier (plus profond qu'un pot standard), en arrosant pot par pot à l'arrosoir et non par arroseur aérien dispersif, en fabriquant un mélange de rempotage particulier qui convient pour tout (mélange dont nous ne donnerons pas la composition mais seulement les ingrédients : terreau de feuilles, tourbe, terre de bruyère, sable, pouzzolane et perlite).
Nous rencontrerons au hasard de nos pas la myrte à odeur de malabar, un Mahonia fortunei, un Metasequoia glyptostroboides, connu aux Etats-Unis à l'état fossilisé mais retrouvé en 1948 en Chine, un Sequoia sempervirens 'Adpressa' à bout blanc ainsi qu'un Abies koreana. Si Picea abies 'Aurea' retient l'attention, Philippe Raynaud captive les visiteurs avec Hewingia japonica dont la fleur éclot au milieu de la feuille avant de nous accompagner vers la zone des semis et des bouturages.
Nous croiserons aussi le Sophora japonica, planté à l'époque de Jussieu dans un beau bac bleu : abattu par la tempête, le vieil arbre au tronc creux qui avait une racine aérienne a été découpé à la tronçonneuse pour une tentative de sauvetage qui a l'air d'être couronnée de succès.
Nous quitterons notre guide qui nous a consacré en définitive 4 heures, non sans qu'il nous arrête devant Picea likiangensis remarquable avec ses cônes rouges. Un dernier regard sur les fleurs du marronnier rouge Aesculus x carnea Hayne 'Briottii' qui procurait un peu d'ombre sur le parking à l'entrée, nous abandonnerons ce havre de calme et de verdure vers 18 h pour replonger dans les bouchons parisiens !
Mais comment comprendre que les postes disponibles pour y travailler ne suscitent aucune candidature ?
(P. Raynaud : tel 01 39 55 50 90 - fax 01 39 55 38 88 - mailto : arbor
mnhn.fr)