Les Amaryllidaceae

Iris et Bulbeuses n° 146 p 16-30. (2003). Pascal Vigneron.

(Introduction à la systématique)

Perce-neige, narcisses, amaryllis et clivia sont des Amaryllidacées très connues. Bien d'autres genres composent cette famille de bulbeuses aux fleurs éphémères mais spectaculaires. Leur port est invariable : d'un bulbe naissent toutes les feuilles et une hampe nue portant à son extrémité une ombelle de fleurs à ovaire infère.

Délimitation et parenté de la famille

Après bien des revirements, l'évolution des connaissances permet maintenant de délimiter définitivement la famille et de préciser ses relations avec les familles voisines. Les Amaryllidacées s'étaient d'abord vus définir sur la base d'un ovaire infère, par opposition aux Liliacées (Brown 1810), puis sur la base d'un port avec inflorescence en ombelle (Hutchinson 1934) excluant alors les Agavacées et Alstroemériacées mais incluant les Alliacées. D'autres classifications sévirent encore jusqu'à celle de Cronquist (1988) qui réunit toutes ces plantes dans une bien hétéroclite famille Liliacées. Dahlgren (1982) pourtant avait publié une classification remarquable, créant notamment l'ordre des Asparagales (aux graines fréquemment noires) y transférant des familles d'ex Liliales. Les Amaryllidacées, Alliacées et Hyacinthacées sont alors trois familles d'Asparagales supérieures. Cette classification s'est trouvée confirmée dans ses grandes lignes par les recherches phylogéniques modernes basées sur l'études de l'ADN (Chase & al.). Celles-ci sont à l'origine d'une nouvelle classification probablement plus stable que les précédentes mais encore peu connue.

En bref on ne doit plus considérer comme Amaryllidacées des genres tels que Polianthes, Alstroemeria, Ixiolirion, Curculigo...

Les familles les plus proches sont celle des Agapanthées, de création récente et ne contenant que le genre Agapanthus, puis celle des Alliacées (re-circonscrite par perte de Agapanthus et de la tribu Brodiaeeae) qui toutes deux ont des inflorescences en ombelle et des fleurs à ovaire libre (supère). Citons encore les deux familles sœurs Hyacinthacées (inflorescence en racème) et Thémidacées (Leucocoryne, Triteleia...). Cette dernière, qui est l'ancienne tribu Brodiaeeae, est considérée correspondre à des parents des Hyacinthacées ayant évolués vers une inflorescence en ombelle (comme les Alliacées, d'où la confusion des deux familles) et a été ré-instituée comme famille en 1996 (Fay & Chase). Notons que les Hyacinthacées et Thémidacées sont souvent toxiques, à la différence des Alliacées. Toutes ces familles, avec les Iridacées, Orchidées, etc. appartiennent à l'ordre des Asparagales qui avec les Liliales (Liliacées, Colchicacées...) et Dioscoréales constituent les Lilianae (Monocotylédones supérieures non commélinidées).

Caractéristiques principales

Les Amaryllidaceae ont des racines charnues, habituellement persistantes durant la période de repos, et contractiles (certains bulbes s'enfoncent profondément dans le sol). Ce sont des plantes herbacées vivaces à bulbe tuniqué. Les feuilles, souvent rubanées, parfois pétiolées, à nervures parallèles, naissent toutes du bulbe qu'elles forment par leurs parties basales engainantes épaissies. Bulbe peu marqué chez Clivia, Cryptostephanus, certains Scadoxus, Pamianthe. Périodiquement le bourgeon apical du bulbe devient bourgeon floral, c'est un méristème axillaire qui permet alors la poursuite du développement du bulbe. La hampe florale issue du bulbe est dépourvue de feuille. A son sommet quelques bractées membraneuses (parfois persistantes et colorées) protègent les boutons floraux. Les fleurs sont disposées en cymes condensées donnant une fausse ombelle (cyme umbelliforme). Fleurs nombreuses à solitaires, trimères, régulières à zygomorphes, hermaphrodites. Périanthe de 3 + 3 tépales rarement libres (Galanthus), souvent partiellement soudés en tube et pouvant aussi former une couronne ou parapérigone (Narcissus, Placea). Six étamines (dédoublées jusqu'à 18 - voire 42 ! - chez Gethyllis) libres, ou adnées au tube ou au style (Strumaria), ou encore réunies par les filets élargis soudés entre eux formant une couronne staminale ou " para-androécium " (Pancratium et la plupart des espèces du Rameau Andin Tétraploïde). L'ovaire est adhérant (infère), à trois loges, prolongé d'un style souvent long et d'un stigmate en tête ou trifide. Pollinisation par les insectes, oiseaux (fleurs tubulaires pendantes d'Afrique australe et des Andes) ou chauve-souris (Hippeastrum calyptratum). Le fruit est généralement une capsule déhiscente, parfois une baie (Haemantheae). Graines noires ou non, sèches ou charnues et alors parfois sans dormance (tribu Amaryllideae). Plantes toxiques : toutes les espèces contiennent des alcaloïdes dérivés de la Norbelladine, elle même dérivée de la Phénylalanine et Tyrosine.

Subdivisions de la famille

Une ancienne classification regroupait les genres en 2 sous familles selon la présence ou non d'une couronne staminale. Pour séduisante que soit cette division, basée sur un unique critère, elle n'en est pas moins très artificielle. Il a fallu prendre en compte un grand nombre de caractères et y ajouter l'analyse ADN pour aboutir à la classification phylogénique actuelle (Meerow et al.).

Origine géographique

La famille est principalement présente dans les régions sub-tropicales d'Afrique, d'Asie et d'Amérique mais aussi dans les pays du pourtour méditerranéen. Chaque aire géographique possède ses lignées d'Amaryllidacées : En Afrique australe, probable berceau de la famille, croissent les tribus Amaryllideae (groupe sœur du reste de la famille), Haemantheae et Cyrtantheae ; en Asie les tribus Calostemmateae et Lycorideae. Cette dernière forme une branche eurasienne de la famille avec les tribus méditerranéennes Galantheae, Pancratieae et Narcisseae. En Amérique croit une branche américaine (sœur de la branche eurasienne) composée du Rameau Hippeastroïde, tribus Hippeastreae et Griffinieae, et du Rameau Tétraploïde Andin, tribus Eustephieae, Stenomesseae, Eucharideae, Clinantheae et Hymenocallideae. Certains genres tels Crinum et Pancratium aux graines véhiculées par les océans ont conquis de vastes régions du monde.

Afrique sub-saharienne

(Des Pancratium et un Hymenocallis indigène sont également présents)

A) Tribu Amaryllideae

Quelques caractères communs : De fines fibres élastiques sont révélées en déchirant les feuilles ou les tuniques des bulbes. Les graines charnues, souvent vertes, sont sans dormance et germent parfois sur la plante mère. (On peut les stocker à 5° pour ralentir le développement.). Peu d'espèces sont rustiques chez nous. On ne peut les planter au printemps et les rentrer à l'automne car dérangées elles ne fleurissent pas. La culture en pot est possible. Une récente publication (Meerow et Snijman 2001) permet de diviser la tribu en 4 sous tribus.

- Sous tribu Amaryllidineae : 1) Amaryllis (2 espèces) Originaire de la côte ouest de l'Afrique du Sud (AdS) où il ne pleut guère que l'hiver. Floraison automnale suivie d'une végétation hivernale. La célèbre A. belladonna est cultivable en zone 8 et en zone plus froide au pied d'un mur au sud et en sol très bien drainé.

- Sous tribu Boophonineae : 2) Boophone (3) Feuilles disposées en éventail en hiver, ombelle de nombreuses fleurs. Toxicité bien connue. Afrique australe et tropicale jusqu'au Kenya.

- Sous tribu Strumariinae : distribution limitée à l 'AdS et principalement aux zones arides à pluie hivernale de l'ouest.
3) Nerine (~25) plante bien connue aux fleurs roses légères et gracieuses ; cycle végétatif variable selon l'espèce. N. bowdenii à végétation estivale est cultivable comme Amaryllis.
4) Brunsvigia (~23) Cycle variable, non rustique. La floraison en masse de B. bosmaniae est une des splendeurs de l'AdS. Parmi les records de taille des bulbes (avec les Crinum) : B. josephinae.
5) Crossyne (2) récemment séparé de Boophone, fleur jaune, feuilles étalées à bords ciliés.
6-7) Hessea (13), Namaquanula (2) Espèces de petite taille.
8) Strumaria (inclus Carpolyza) (24) Le sous genre Gemmaria pourrait redevenir un genre distinct.

- Sous tribu Crinineae :
9) Crinum (~65) Allure royale. Trop peu connu. C. x powellii et C. bulbispermum sont rustiques (zone 6 !). C. moorei rustique en zone 9 (8 ?) et cultivable derrière une fenêtre. Le genre est répandu dans toutes les régions tropicales du monde. Crinum est très varié, comprenant des espèces totalement aquatiques (utilisées en aquariophilie), des espèces de mangrove et des espèces de semi-désert, des espèces miniatures aux fruits souterrains jusqu'à maturité et des géants de 2 m de hauteur.
Deux genres non rustiques, de culture difficile :
10) Ammocharis (5) Belle des sables d'Afrique australe et tropicale,
11) Cybistetes (1) régions arides de la côte ouest d'AdS.

Hybrides intergénériques : x Amarcrinum = Amaryllis x Crinum, x Amarine = Amaryllis x Nerine

B) Tribu Haemantheae

Les fruits sont des baies et contiennent des graines charnues. Non rustiques (sauf parfois sur la côte), cultivés comme plantes d'intérieur ou de serre.
12) Haemanthus (23) Endémique d'AdS. Remarquable par ses inflorescences en brosse entourées de bractées parfois colorées et persistantes et par ses feuilles charnues parfois velues. Comprend des espèces à fleurs blanches à feuillage permanent (H. albiflos, H. deformis et H. pauculifolius de culture aisée) ou estival et de nombreuses espèces à fleurs roses ou rouges à végétation hivernale (dont H. coccineus aux bractées spectaculaires). Plante de multiplication lente, coûteuse.
13) Scadoxus (9) Largement réparti depuis l'AdS jusqu'en Afrique de l'ouest et de l'est et au Yémen. Séparé du genre précédant en 1976, diffère par ses feuilles pétiolées au mince limbe gaufré, à nervure médiane marquée et à la base engainante formant souvent un long col (fausse tige). Plante d'ombre, particulièrement S. membranaceus aux feuilles permanentes vert foncé. Le spectaculaire S. multiflorus ssp multiflorus est très répandu dans le commerce.
14) Clivia (5) Originaire des forêts du Natal où il est parfois épiphyte opportuniste. Une des grandes vedettes de la famille. Nombreuses variétés aux belles fleurs (jaunes, crèmes, pastels, roses, oranges, rouges en attendant le vrai blanc) obtenues par les hybrideurs d'AdS et des USA, bien différentes des variétés ordinaires du commerce mais coûteuses. Variétés particulières par leurs feuilles aux Japon et en Chine (panachées ou feuilles très larges et bien rangées). Non rustique (sauf zone 10. Zone 9 pour C. caulescens) cultivé en potées. Aime un sol très aéré. Pour fleurir doit avoir une période de repos hivernal au frais (13° environ, comme dans les maisons de nos grands-mères qui les réussissaient si bien) au sec et à la lumière. Outre C. miniata aux grandes fleurs dressées existent 3 espèces aux fleurs tubulaires pendantes, moins décoratives mais intéressantes dans les hybridations. Une 5e espèce publiée en mai 2002. Une probable 6e espèce le Clivia géant ou Clivia des marais attend d'être publiée.
15) Cryptostephanus (3) Semblable au Clivia mais petites fleurs roses ou bordeaux.
16) Gethyllis (32 env.) Xérophyte originaire de la côte ouest sèche d'AdS. Les fruits sont utilisés localement pour parfumer des alcools. L'ovaire reste souterrain jusqu'à la maturité des fruits qui contiennent un liquide dans lequel flottent les graines. Plante de culture difficile.
17) Apodolirion (6) Autre petite plante " de collection ".

C) Tribu Cyrtantheae

18) Ne comprend que le genre Cyrtanthus (47 esp. env.) qui inclus les anciens Vallota et Anoiganthus. L'amaryllis pourpre, C. elatus (= Vallota speciosa), aux grandes fleurs en trompette en fin d'été, largement cultivée par nos grand-mères, reste l'espèce la plus commune en culture. Parmi les nombreuses espèces à fleurs tubulaires C. brachyscyphus et C. mackenii sont les plus cultivées. De nombreuses autres espèces sont prometteuses. Tous les Cyrtanthus sont cependant de culture délicate nécessitant un substrat très drainant additionné de sable grossier et le respect d'une période de repos plus sèche. Préfèrent la mi-ombre. Non rustiques. Présents de l'AdS jusqu'au Kenya pour quelques espèces. (A la différence des tribus précédentes, graines plates et sèches.)

Asie et Australie

(Des Crinum et Pancratium sont également présents ainsi que de nombreuses plantes naturalisées)

D) Tribu Calostemmateae

Les fleurs possèdent une couronne staminale qui les avait fait classer dans les Eucharideae. Les graines sont en réalité des bulbilles du fait du développement très précoce de l'embryon. Non rustiques.
19) Calostemma (2) Xérophyte endémique d'Australie.
20) Proiphys (= Eurycles) (3) Plante de forêts humides depuis la Malaisie jusqu'en Australie. Culture certainement comparable à celle du genre Eucharis. Belle plante malheureusement indisponible en France.

E) Tribu Lycorideae

21) Lycoris (> 20) Plante des plus gracieuses cultivée depuis des temps immémoriaux en Chine et Japon. De nombreuses espèces sont en fait des hybrides naturels anciennement introduits en culture ou de très vieux cultivars. Certaines espèces sont très rustiques (L. squamigera) en sol bien drainé (humide l'été) mais restent peu cultivées chez nous. La végétation est souvent hivernale.
22) Ungernia (7) Originaire des montagnes d'Asie centrale jusqu'en Iran. Plantes médicinales. Plusieurs espèces menacées. Reste le genre le moins connu de la famille, en occident. Graines plates et sèches.

Pays du pourtour méditerranéen

Fleurs jaunes (Narcisseae) ou blanches. Graines sèches ovoïdes, souvent noires.

F) Tribu Galantheae

23) Galanthus (18) Fleurs pendantes solitaires aux 3 tépales internes courts. Originaire principalement de la région du Caucase, le genre est certainement le plus rustique de la famille. Outre le classique G. nivalis, le précoce perce-neige géant G. elwesii est couramment cultivé. De nombreux cultivars existent. Devant des prélèvements excessifs, le commerce des bulbes prélevés dans la nature (Turquie...) a été interdit par la CITES, de même que pour Sternbergia. Toxique comme toutes les Amaryllidaceae, Galanthus a permit de découvrir dans les années 1950 la Galanthamine, alcaloïde devenu médicament.
24) Leucojum (~11) Très voisin de Galanthus mais fleurs à 6 tépales égaux. Les deux nivéoles à feuilles rubanées L. vernum et L. aestivum sont rustiques et ont une vaste répartition dans les lieux frais d'Europe et du Moyen-Orient. Les espèces à feuilles filiformes sont originaires de lieux arides ouest-méditerranéens et sont souvent des endémiques locales à protéger.
- Les deux genres suivants de petites plantes à fleurs étoilées dressées sont classés tantôt comme Galantheae tantôt comme Pancratieae.
25) Hannonia (1) Feuilles étroites (2 mm). Fleurs par 2. Tépales soudés en un tube de 5 mm. Rocailles des régions côtières du Maroc.
26) Lapiedra (1) Feuilles (l: 10 mm) vert foncé à ligne médiane argentée. Fleurs par 3-10. Anthères sagitées. Régions côtières du Maroc et d'Espagne.

G) Tribu Pancratieae

27) Pancratium (~16) Les étamines semblent naître du bord d'une couronne staminale (formée par les bases élargies et soudées entre elles des filets). Les graines transportées par la mer ont permis au genre de coloniser les rives de la Méditerranée et Mer Noire, d'une partie de l'Atlantique et de l'Océan indien. Le genre est ainsi présent en Afrique de l'ouest, du sud et de l'est, en Inde et dans les îles jusqu'à Java. Le narcisse de mer P. maritimum, limité aux régions côtières, est en régression du fait de l'urbanisation. Il est maintenant protégé dans certaines régions de France. Le bijou vivant P. zeylanicum, des îles de l'Océan Indien, fleurit après les pluies (cf. Iris & bulbeuses n°142 p.12). Ce sont des plantes très toxiques, certaines espèces sont utilisées comme plantes médicinales (cardiotonique), d'autres dans des rituels.
28) Vagaria (4) Filets des étamines à bases élargies, non soudés en une couronne. Syrie, Liban, Israël et Afrique du Nord.

H) Tribu Narcisseae

29) Narcissus (entre 27 et 90 !) Genre reconnaissable à sa couronne caractéristique. Originaire de la péninsule ibérique et des pays voisins, jusqu'en Asie-Mineure et sur la route de la soie pour N. tazetta. Deux espèces sont particulièrement rustiques : N. poeticus, qui ne craint pas les inondations, et N. pseudonarcissus, à l'origine de plusieurs milliers d'hybrides horticoles. De nombreuses petites espèces, trop négligées chez nous, font le ravissement des connaisseurs anglais. Plusieurs espèces sont protégées en Europe. Genre diversifié dans ses milieux de vie, sa morphologie, son mode de pollinisation, sa biologie... Ce genre renferme de nombreuses espèces à grande variabilité, conduisant à décrire une infinité de sous espèces, variétés et formes qui ne sont pas considérées au même rang par tous les auteurs (les variétés des uns sont les sous espèces ou les espèces des autres). De plus les différentes espèces s'hybrident spontanément, ajoutant à la confusion. Ce genre est un cauchemar nomenclatural !
30) Sternbergia (7-8) Parent de Narcissus mais dépourvu de couronne. Genre principalement Est-méditerranéen, étendu de l'Espagne au Cachemire. Le " crocus jaune d'automne " S. lutea est une plante classique et recommandable.

Amériques

(Crinum est également présent, ainsi que des espèces naturalisées)
Branche américaine : Graines majoritairement plates et sèches.

Rameau Hippeastroïde : Feuilles souvent rubanées. Absence de couronne staminale. Environ 22 chromosomes.

I) Tribu Griffineae : Endémiques brésiliennes, souvent à fleurs bleu-lilas. Parfois considérées comme les plus anciennes Amaryllidacées d'Amérique.
31) Griffinia : Feuilles lancéolées pétiolées. Graines charnues blanchâtre.
Sous genre Griffinia (13 + ?): Forêt côtière humide (Mata Atlantica), fleurs bleues (sauf 3 esp. blanches).
Sous genre Hyline (2) : Habitats secs de l'intérieur et du Nord-Est, floraison blanche éphémère nocturne, parfumée.
32) Worsleya (1) La mythique amaryllis bleue des montagnes de Pétropolis, W. reynerii (= W. reynerii, Hippeastrum procerum), est une espèce menacée, protégée. Feuilles rubanées courbées en faucille au sommet d'un long col. Graines semblables à celles d'Hippeastrum. Culture difficile : 90% des bulbes achetés pourriraient. Très rare, recherchée et coûteuse !

J) Tribu Hippeastreae : Plusieurs genres (Hippeastrum, Zephyranthes, Habranthus...) ont besoin d'une révision ! De nombreuses " espèces " publiées ne sont connues que d'un unique échantillon (possibles variants d'une espèce). Le nombre d'espèce est donc incertain.

- Sous tribu Hippeastrineae : Bractées libres.
33) Hippeastrum (50 à 60) Brésil et pays voisins, Amérique centrale et Caraïbes. Connu en Europe depuis la fin du XVIème siècle, ces espèces seront placées dans le genre Amaryllis par Linné en 1735 puis 1753. Un imbroglio taxonomique survient rapidement sur la question de savoir qui est la vraie Amaryllis, celle d'Afrique ou celle d'Amérique. La question fut tranchée définitivement (sans respecter Linné) en 1987 par la conservation du nom Amaryllis pour l'espèce africaine. Les espèces vivent dans des milieux variés : forêts, épiphytes (aulicum, papilio...), marais, berges, semi-déserts, falaises, montagnes... Certaines espèces ont une brève période de végétation tandis que d'autres sont toujours vertes (papilio, striatum...). La majorité des espèces fleurissent au printemps. L'amaryllis orchidée H. papilio fleurit en janvier-mars, H. reticulatum fleuri en automne tandis que H. striatum peut fleurir plusieurs fois par an. Beaucoup d'espèces ne sont plus connues dans la nature du fait de la destruction de leurs milieux. Très peu d'espèces botaniques sont disponibles dans le commerce ou chez les amateurs. Des centaines d'hybrides horticoles existent, aux fleurs souvent géantes mais trop rondes. Les hybridations actuelles s'orientent vers des fleurs de formes originales, de couleurs peu courantes tel le jaune, ou parfumées, en recourant à nouveau aux espèces botaniques et à leurs variants tétraploïdes. Hybrides souvent utilisés pour fleurir Noël mais floraison normalement au printemps. Non rustique (sauf H. x jonhsonii). Culture en pot, parfois en pleine terre, dans le Sud ou sinon à rentrer avant les gelées. (à tenter en zone 8 : laisser dehors en sol très drainé, couvert de 15-20 cm de terre.)
34) Griffiniopsis (2) Publication du genre " sous presse " (J. Dutilh & Meerow). Anciennement classé dans Griffinia, auquel il ressemble par ses feuilles, puis dans Hippeastrum, G. blumenavia vit dans les forêts humides du sud Brésil.
35) Rhodophiala (quelques dizaines ?) Ancien sous genre d'Hippeastrum. Argentine et Chili principalement. Plusieurs sont originaires de milieux arides (désert d'Atacama). Espèces à longues feuilles rubanées très étroites et petites fleurs. Le plus couramment cultivé, R. bifida d'Argentine, fleurit à l'automne et a une végétation hivernale.
36) Phycella (5 env.) Proche de Rhodophiala, à fleurs plus étroites.
37) Traubia (1) Petite espèce à fleur solitaire étoilée.
38) Placea (6) Endémique Chilienne. Se distingue des genres précédents par une couronne (parapérigone, comme chez Narcissus). Charmantes fleurs de 2.5 à 5.5 cm à stries roses à pourpres sur fond crème à rose.

- Sous tribu Zephyranthineae : Bractées soudées en tube engainant le pédoncule. Souvent espèces de petite taille (10 - 30 cm) à fleur solitaire. Feuilles étroites dressées.
39) Zephyranthes (50 env.) Fleur dressée largement ouverte en étoile, à étamines de 2 longueurs différentes, écartées dans toutes les directions. La plus communément cultivée est Z. candida (cf. Iris & bulbeuses n°141 p. 13), originaire des berges inondables des grands fleuves d'Amérique du sud. Sa floraison en masse serait à l'origine du nom du Rio de la Plata. L'espèce est parfois proposée pour l'aquariophilie. Une espèce rose fréquemment rencontrée en culture et habituellement stérile est Z. grandiflora. Autres espèces de milieux, morphologie, tailles et couleurs variées à la floraison fréquemment déclenchée par la pluie (rain lilies). Ce genre à vaste répartition serait polyphylétique et pourrait bientôt être scindé en deux (Am. du Sud / Am. du Nord).
Cooperia reste souvent traité comme genre mais les études ADN l'insèrent clairement dans les Zephyranthes d'Amérique du Nord. Les étamines sont groupées en faisceau bien ordonné au centre de la fleur. Plusieurs éléments évoquent une adaptation à la pollinisation par les Sphinx : fleurs vespérales, blanches, parfumées, à très long tube, mais les espèces sont fréquemment apomictiques . Graines particulières en forme de lentilles. Sud des USA.
40) Pyrolirion (?) Petit genre voisin au style longuement trifide à 3 aires stigmatiques distinctes. Andes.
41) Habranthus (plusieurs dizaines) Est distingué de Zephyranthes pour ses fleurs légèrement inclinées et discrètement zygomorphes avec des étamines de 4 longueurs (très peu) différentes. La plupart des espèces viennent d'Amérique du Sud mais une est connue du Texas (H. tubispathus ssp texanus) et six du Mexique, dont H. vittatus. On peut cultiver les Habranthus, comme les genres voisins, dans de petits pots à rentrer hors gel.
42) Sprekelia (2) Espèce mexicaine et guatémaltèque remarquable par d'élégantes fleurs rouges zygomorphes rappelant les orchidées. Le Lis de Saint Jacques S. formosissima est courant dans le commerce. Nécessite un repos au sec absolu pour fleurir. Le cultivar 'Orient Red' est réputé pour sa floribondité mais est introuvable. Culture en pot ou en pleine terre à rentrer avant les gelées.

- Hybride intergénérique : x Hippeastrelia = Hippeastrum x Sprekelia.

Rameau Tétraploïde Andin : Restreint aux Andes, à l'exception du genre Hymenocallis. Généralement 46 chromosomes. Couronne staminale discrète à remarquable.

K) Tribu Eustephieae : Fleurs à couronne staminale peu développée, feuilles longues et étroites.
43) Eustephia (6) Du Pérou à l'Argentine. Dans le commerce on trouve E. jujuyensis aux très longues et étroites feuilles et portant ses fleurs tubulaires rouges sur une hampe de 60 cm. Le bulbe s'enfonce profondément (racines rétractiles). Nécessite un hiver froid et sec pour fleurir au printemps.
44) Hieronimyela (6 ?) (inclus Eustephiopsis) Du Nicaragua à l'Argentine.
45) Chlidanthus (6 ?) (inclus Castellanoa) L'espèce la plus connue,
C. fragrans, donne en juin des fleurs jaunes, parfumées, en trompette au pavillon en étoile. Les anciens Castellanoa ont des fleurs rouges pendantes.

L) Tribu Stenomesseae : Majoritairement xérophytes du versant ouest des Andes. Feuilles pétiolées, à nervure centrale, à large limbe enroulé sous les bords lors de leur émergence. (Les espèces à feuilles sessiles en ont été séparées en 2000 en créant la tribu Clinantheae.) Graines sèches et plates.
46) Stenomesson (30 env.) Xérophyte originaire principalement des pentes ouest (versant sec) des Andes Péruviennes et des formations semi désertiques côtières (températures fraîches). En culture, ne supporte pas la chaleur. Fleurs par 2-10 sur une hampe de plusieurs décimètres, pendantes, en longs tubes s'élargissant à mi longueur et terminés par des lobes courts entrouverts. Feuilles larges pétiolées. Dans le commerce l'espèce la moins rare est S. miniatum (= Urceolina peruviana) aux fleurs urcéolées oranges, espèce commune au dessus de 2500 m dans le sud du Pérou.
Pucara (1-2) Endémique Nord Péruvien, à inclure dans Stenomesson.
47) Phaedranassa (9) (photo) Endémique des Andes d'Equateur principalement et du sud de la Colombie, en moyenne et haute montagne. Très rare et se rencontrant paradoxalement en belles populations dans des terrains perturbés par les trouées routières. Longs pétales soudés seulement à leur base mais groupés et donnant une fleur d'aspect tubulaire, pendante. Espèces difficiles à distinguer. On peut cultiver P. cinerea qui possède une paire de grandes feuilles fusiformes glauques ou cendrées et des fleurs de 8 cm vertes et rose foncé sur une hampe de 50-60 cm.
48) Eucrosia (8) Xérophyte équatorien. Les fleurs déclinées à tube court laissent saillir des gerbes de longues étamines qui font toute l'élégance de ces plantes parfois comparables aux Lycoris. On cultive E. bicolor.
49) Rauhia (3) Endémique Nord Péruvien. Plante aux larges feuilles épaisses évoquant Haemanthus dont il est un équivalent écologique. Se trouve parfois chez des spécialistes de plantes grasses. Fleurs tubulaires vertes.

M) Tribu Eucharideae : Proche des Stenomesseae, feuilles comparables, mais fleurs d'aspect moins tubulaire et graines semi-charnues. Originaire des sous bois sombres des forêts humides du versant oriental des Andes.
50) Eucharis (16) Plante à larges feuilles vert foncé en touffe et présentant sur une hampe de 60 cm des fleurs inclinées à périanthe très ouvert et à couronne staminale développée. Forêt du versant Ouest et Amazonie adjacente, de la Colombie à la Bolivie. Le lis d'Amazonie, E. amazonica, aux gracieuses fleurs hivernales parfumées, mérite d'être plus connu. (2 sous genres) (photo)
51) Caliphruria (4) Colombie et Pérou. Rare ou éteinte (tout comme certaines Eucharis). Petites fleurs blanches en entonnoir.
52) Urceolina (7 env.) Centre et sud du Pérou. La corolle pendante forme un tube étroit avant de s'élargir en une élégante clochette tubulaire resserrée à l'ouverture (forme urcéolée).
53) Plagiolirion (1) Espèce colombienne rarissime à fleur zygomorphe.

N) Tribu Clinantheae : Créé en 2000 par transfert des Stenomesseae à feuilles sessiles rubanées. (Meerow, Guy & al. 2000)
54) Clinanthus (22 ?) Ancien Stenomesson du complexe variegatum-incarnatum. Xérophyte. Fleurs en tube de 8-10 cm plus ouvertes que chez Stenomesson. Tolérant à la chaleur, au contraire des vrais Stenomesson.
55) Paramongaia (1-2) Xérophyte originaire des formations semi désertiques côtières et des pentes ouest (versant sec) des Andes Péruviennes et Boliviennes. Grande fleur jaune solitaire semblable à un narcisse mais avec une couronne staminale. Très proche de Pamianthe mais spécialisation écologique différente.
56) Pamianthe (2) Epiphyte de la canopée au Pérou, Equateur et Bolivie. On n'a que très exceptionnellement vu dans son milieu naturel le P. peruviana ! Bulbe peu renflé prolongé d'un assez long col et de longues feuilles. Groupe de 2-4 grandes fleurs blanches parfumées en fin d'hiver. Magnifique plante pour serre chaude. - Le milieu naturel de P. parviflora est détruit et l'espèce perdue.

O) Tribu Hymenocallideae : Plantes à couronne staminale très spectaculaire. Fleurs blanches, exceptionnellement jaunes.
57) Hymenocallis (50 env.) De la Guyane à la Floride, seul genre du rameau Andin Tétraploïde à croître loin des Andes. Remarquable par ses élégantes fleurs à couronne membraneuse et à fins tépales : " Lis araignée ". D'aquatique à xérophyte selon l'espèce. Exemple H. harrisiana des marais temporaires du Mexique.
58) Ismene (11) A nouveau séparé du genre précédent depuis 1990. Pérou principalement, Equateur et bolivie. Assez fortes plantes aux feuilles rubanées formant à leur base un faux tronc au-dessus du sol.
- Sous genre Ismene : forte couronne staminale aux étamines coudées vers le centre. Exemples I. narcissiflora et I. amancaes. Ce dernier, seule espèce à fleurs jaunes, est un xérophyte des semi-déserts côtiers de culture très délicate.
- Sous genre Elisena : fleurs plus graciles, légèrement zygomorphes, longues étamines droites et tépales plus longs, étroits et gracieusement recourbés latéralement. Exemple I. longipetala. (photo)
- Sous genre Pseudostenomesson : petites fleurs vertes pendantes.
- Hybrides : Ismene x festalis est un très bel hybride ayant l'élégance d'I. longipetala et la robustesse d'I. narcissiflora. L'hybride 'Sulphur Queen' allie un peu de la couleur d'I. amancaes à la facilité de culture d'I. narcissiflora.
59) Leptochiton (2) Petite espèce à fleur solitaire à couronne staminale membraneuse très ouverte. Endémique Péruvienne, L. helianthus à des fleurs jaune d'or. Le genre le plus primitif de la tribu.

Bibliographie :

Note du webmestre : trois des articles ci-dessus sont aujourd'hui consultables sur le site de l'International Bulb Society. (format PDF)


Société Française des Iris et plantes Bulbeuses (S.F.I.B.)
BP 16, 78354 Jouy-en-Josas cedex, France.