Iridacées brésiliennes

Iris et Bulbeuses n° 144 p 22-25. (2002). Prof. L. Capellari Jr.*

 

Gelasine caerulea, photo L. Capellari Jr.
Gelasine caerulea
Neomarica sabinii, photo L. Capellari Jr.
Neomarica-sabinii
Neomarica northiana, photo L. Capellari Jr.
Neomarica northiana
Neomarica caerulea, photo L. Capellari Jr.
Neomarica caerulea
Neomarica sylvestris, photo L. Capellari Jr.
Neomarica sylvestris
Trimezia violacea, photo L. Capellari Jr.
Trimezia violacea
Trimezia juncifolia, photo L. Capellari Jr.
Trimezia juncifolia
Trimezia juncifolia f. orange, photo L. Capellari Jr.
Trimezia juncifolia
Trimezia fistulosa var. fistulosa, photo L. Capellari Jr.
Trimezia fistulosa var fistulosa
Calydorea campestris, photo L. Capellari Jr.
Calydorea campestris
Pseudotrimezia-recurvata, photo L. Capellari Jr.
Pseudotrimezia recurvata
Neomarica guttata, photo L. Capellari Jr.
Neomarica guttata
Cipura xanthomelas, photo L. Capellari Jr.
Cipura xanthomelas

Par sa superficie (8.500.000 km2, soit plus de 15 fois la France), le Brésil est un pays aux dimensions quasi-continentales. S'étendant du 5º N au 34º S (l'équateur le traverse au Nord et le tropique du Capricorne au Sud), il abrite une nature magnifique.

Plusieurs formations végétales s'y rencontrent : immenses forêts pluviales sempervirentes (amazonienne au nord-ouest, atlantique sur la bordure orientale du pays), savane très étendue du Brésil central, devenant xérophile au nord-est ("caatinga" = forêt blanche en langage tupi-guarani avec végétation caractéristique de Broméliacées et Cactées), quelques régions de prairies à flore rappelant l'Europe, entre Amazonie et "caatinga", de vastes étendues riches en palmiers (surtout du genres Copernicia et Orbignya), d'autres forêts de Conifères (Araucaria, le pin brésilien) au Sud, l'ouest enfin qui est une vaste plaine (le "Pantanal") traversée de plusieurs grands fleuves, largement inondée pendant la saison des pluies (été) et dont il reste en saison plus sèche une infinité d'étangs et marécages (carte 1).

Quant au climat, il varie d'équatorial au Nord à subtropical à l'extrême Sud, qui peut connaître neige et gelées occasionnelles.

Ce contexte implique une immense biodiversité et de fréquents endémismes.

Le premier grand inventaire de la flore brésilienne fut Flora brasiliensis, coordonné par C.P. von Martius, la description des Iridacées étant revenue à Klatt (1871). A cette époque, les Iridacées néotropicales (= du Nouveau Monde) étaient mal connues, les genres et espèces mal délimités.

On estime actuellement le nombre d'Iridacées brésiliennes à 110 réparties en une quinzaine de genres (INNES, 1985). La plupart nécessitent une sérieuse révision, espèces, sous-espèces et variétés étant souvent mal délimitées (cas de Cypella par ex.). Le botaniste P.F. Ravenna, qui étudie les Iridacées néotropicales depuis une quarantaine d'années, a découvert et décrit au cours des ans toute une série de genres et d'espèces (voir bibliographie), en a synonymisé d'autres ; ces études ont grand besoin d'être révisées car, botaniquement, nombre de ces "taxa" sont mal caractérisés. Seuls les genres Neomarica (Capellari Jr., 2000), Pseudotrimezia & Trimezia (Chukr, 1997) ont bénéficié d'une révision complète et récente.

Les Iridacées brésiliennes présentent 3 groupes de distribution :

Forêt atlantique ("Mata atlantica") : elle longe, du Nord au Sud et sur plus de 2.500 km, l'océan du même nom et monte, à partir du niveau de la mer, sur plateaux et montagnes (Serra dos Órgãos, Serra do Mar), jusqu'à plus de 2.000 m. Abominablement "massacrée" par les activités humaines et largement menacée (plus de 90% ont déjà disparu), elle est un des lieux de plus grande biodiversité de la planète. Ceci s'explique par le fait que c'est une forêt assez claire, où le soleil atteint le sol - à la différence par exemple de la forêt amazonienne, bien plus ombragée - humide (voisinage de l'océan) avec variations altitudinales.
C'est le biotope de la plupart des Neomarica, qu'elles soient à fleurs blanches (N. candida, N. gracilis, N. guttata, N. northiana), bleues (N. coerulea, N. eximia, N. fluminensis, N. glauca, N. rigida, N. sabinii) ou jaunes (N. humilis, N. imbricata, N. longifolia, N. portosecurensis, N. pulchella, N. sylvestris également violette). On y rencontre aussi quelques Trimezia (T. martinicensis, T. organensis), Cipura paludosa en lieux marécageux, Calydorea campestris en clairières et orées d'altitude, tout comme la belle Gelasine coerulea, toutes trois à fleurs bleu-violet. Egalement quelques Sisyrinchium (S. vaginatum par exemple).

Savane centrale & "caatinga" : cette savane ("cerrado" en portugais) est caractérisée par des plantes adaptées à des feux hivernaux, auxquels elles résistent par des écorces épaissies ou des organes de réserve souterrains. Ce peut être une savane d'altitude avec des sols plus ou moins pierreux. C'est le cas du massif ("serra") d'Espinhaço (Brésil central : états de Bahia et Minas Gerais), habitat exclusif du genre Pseudotrimezia (P. gracilis, P. synandra, P. barretoï, P. pauloï, P. cipoana, P. recurvata, P. concava, P. planifolia, P. brevistamina, P. elegans, P. aminae, P. tenuissima) à fleurs aux tépales semblables, jaunes ; de diverses Trimezia à fleurs jaunes (T. martinicensis, T. spathata, T. lutea, T. brevicaulis, T. exillima, T. plicatifolia, T. pusilla, T. juncifolia, T. fistulosa) ou violettes (T. truncata, T. violacea) et de deux Neomarica (N. paradoxa peu connue et à floraison jaune et N. rupestris bleu violet). S'y rencontrent également divers Sisyrinchium, trois Cipura (C. paludosa à fleurs bleues, C. flava et C. xanthomelas, jaunes) et Eleutherine bulbosa à petites fleurs blanches s'ouvrant le soir. La "caatinga" a été peu explorée pour ce qui est des Iridacées.

Les prairies du Sud : souvent utilisées comme pâturages, elles sont surtout constituées de Graminées (Poacées) au sein desquelles croissent diverses Iridacées bulbeuses : une dizaine d'espèces de Cypella (C. aquatilis, C. crenata, C. discolor, C. fucata, C. gracilis, C. herbertii, C. laxa, C. pabstiana, C. pusilla) à fleurs habituellement jaunes, Cipura paludosa, diverses Calydorea (C. azurea, C. campestris, C. crocoïdes, C. gardneri, C. luteola) et Herbertia (H. lineata, H. pulchella) toutes à fleurs violacées et deux genres mono spécifiques aussi jolis que menacés : Kelissa brasiliensis & Onira unguiculata. Le genre Sysirinchium, rhizomateux, est lui aussi représenté. Il compte au Brésil une trentaine d'espèces, principalement dans le Sud, à petites fleurs étoilées, roses-violettes ou jaunes. Ce grand genre pan-américain mériterait des études plus poussées, voire une révision totale, car au Brésil en particulier beaucoup d'espèces sont mal connues ou délimitées. On les trouve dans divers biotopes (marécages, savanes, montagnes ...) et même comme mauvaises herbes dans les jardins publics des villes.

Plusieurs régions du Brésil (São Paulo, Brasilia, divers parcs nationaux) ont mis en chantier des inventaires de flore qui précisent existence et localisation d'espèces des diverses familles ce qui, dans un futur proche, devrait aider à une meilleure connaissance de l'immense flore (+ de 60.000 taxa) de notre vaste pays.

Revenant sur les Iridacées, leur potentiel ornemental est incontestable ; leur intérêt médical n'est pas non plus à négliger. C'est ainsi qu'Hashimoto (1996) a fait état de propriétés phytothérapeutiques de quelques Neomarica.

On peut déplorer que nos Jardins botaniques (sauf à Porto Alegre au Sud du pays) ne mettent pas plus en valeur cette belle famille en établissant de vraies collections de ses représentants. Et pourquoi ne pas rêver à la création prochaine d'une Association brésilienne regroupant chercheurs et amateurs amoureux des Iridacées ?

Bibliographie sommaire :

Adresse de l'auteur :
Lindolpho Capellari Júnior
Depto. de Ciências Biológicas, Escola Superior de Agricultura "Luiz de Queiroz", Universidade de São Paulo Av. Pádua Dias 11, Cx. Postal 09, 13.418-900, Piracicaba - SP, Brésil.
lcapella@carpa.ciagri.usp.br

 

Le Professeur Lindolpho Capellari Jr. enseigne à l'Université de São Paulo au Brésil. Il est également responsable d'un important herbier (plusieurs milliers d'espèces) et participe activement à la collecte et à la protection des espèces du Brésil. Il est l'auteur d'un ouvrage sur les Neomarica.
Lors de notre assemblée générale dans le Gard en 2001, il nous avait présenté une partie de la flore brésilienne au cours d'une conférence avec projection de diapositives.
Il remercie vivement le Docteur Boussard qui a adapté le texte de cet article en français.


Erratum : N° 145 p 33, Carte remplaçant celle publiée dans le n° 144.


Société Française des Iris et plantes Bulbeuses (S.F.I.B.)
BP 16, 78354 Jouy-en-Josas cedex, France.