Les Iris dégénèrent-ils ?

Iris et Bulbeuses n° 144 p 11-13. (2002). Jean Cayeux. 1



Au vu des progrès réalisés dans l'obtention de nouveaux iris des jardins, une question revient souvent : ces beaux Iris sont-ils susceptibles de dégénérer ? Devant une réponse négative, certaines personnes de vous citer alors des cas plus ou moins précis de soi-disant dégénérescence.

Pour répondre à cette question en toute objectivité, voyons l'un après l'autre ces cas de prétendue dégénérescence.

1 - Retour à une seule couleur :

Dans une plantation initialement bien variée, il ne reste plus que deux couleurs dominantes (voire une seule), par exemple violet et jaune alors que blancs, cuivres, roses, abricot semblent avoir disparu au bout de quelques années.

L'explication est simple : il y a toujours d'une variété à l'autre, non pas des différences de rusticité, mais des prolificités plus ou moins fortes. Ainsi au cours des années et surtout si la plantation était assez dense à l'origine, les variétés les plus prolifiques se sont naturellement développées plus vite étouffant les autres et les privant de nourriture suffisante pour fleurir.
Si les touffes ne sont pas trop imbriquées les unes dans les autres, il suffit de procéder à une transplantation en prenant une quantité égale de rhizomes sur chaque touffe. En un ou deux ans les coloris qui semblaient perdus réapparaîtront. Pour éviter ce phénomène, il faut laisser entre chaque rhizome, à la plantation, un écart minimum de 35 à 50 cm.

2 - Retour à un type « sauvage » ou ancien :

Cet accident survient la plupart du temps lorsqu'une plantation d'iris dits modernes a été effectuée à l'emplacement même d'un massif d'iris anciens diploïdes (pallida ou germanica, le plus souvent).

Des morceaux de rhizomes apparemment morts sont restés en terre lors de la préparation de la plate-bande ; ces vieux rhizomes ont émis des yeux qui en une ou deux années ont donné des pieds de taille à fleurir. Comme dans le premier cas, les diploïdes toujours très prolifiques envahissent rapidement la plantation et étouffent leurs voisins. Il convient donc d'arracher les indésirables le plus vite possible (ceci n'est pas forcément évident car ils ont pu insérer leurs rhizomes au milieu d'une touffe), la hauteur du feuillage ou une coloration différente de sa base peuvent constituer des éléments précieux de différenciation lors du tri.

3 - Apparition d'un ou plusieurs coloris « nouveaux » ou différents :

Dans une plantation de quelques années apparaissent sporadiquement des coloris nouveaux, différents de ceux des iris initialement plantés (coloris souvent délavés ou moins francs).

Ces intrus sont en fait le résultat de fécondations effectuées par des insectes lors de la floraison, des fruits se sont formés et leurs graines tombées à terre ont germé donnant de jeunes plantules que l'on a craint d'éliminer lors des nettoyages, pensant qu'elles provenaient des rhizomes voisins.
Ces jeunes pousses, après deux à trois ans se mettent à fleurir et de façon différente de leurs parents, ce qui est tout à fait normal. Nous ne sommes pas en présence d'une dégénérescence mais de la naissance d'une nouvelle variété (dans la plupart des cas inférieure aux plantes mères). En effet, lorsque procédant par croisements planifiés, un hybrideur obtient un taux de réussite de 2 à 3 pour mille, il s'estime très satisfait. Lorsque les pollinisations sont le fait des insectes, les chances de réussir tombent à 2 ou 3 pour 100 000.
Pour éviter cela, le plus simple est de couper dès après floraison toutes les hampes florales, ou, si l'on manque de temps seules celles portant des fruits. Si cette précaution n'a pu être prise en temps utile, le seul remède est d'arracher les sujets abâtardis lorsqu'ils apparaissent.

4 - Anomalies en fin de floraison :

Assez souvent, en toute fin de floraison, certaines fleurs présentent des malformations ou bizarreries (2 pétales et 4 sépales, 2 fleurs soudées ensemble, taches ou larges stries mauves sur une fleur normalement blanche ou jaune ...)

La très faible proportion de ces anomalies (à peine 1 à 2 pour mille) et le fait qu'elles soient plus fréquentes lorsque la floraison est tardive laissent à penser que ces phénomènes correspondent plus à un déphasage de la floraison par rapport à une date normale, en même temps peut-être qu'à un épuisement de la sève, ou encore à une différence de luminosité. D'autres familles de plantes montrent le même type d'anomalies de fin de floraison, ainsi les roses, les dahlias donnent presque toujours des fleurs moins grosses, moins doubles, moins colorées en fin de saison. De plus, ces variations ne se reproduisent pas d'une année sur l'autre sur la même plante, ce n'est pas un phénomène fixe, on ne peut donc parler de dégénérescence.

5 - Sports :

Le « sport » est par définition un changement d'une partie de la plante que l'on peut fixer si l'on peut multiplier cette partie seule.

Relativement fréquents chez les chrysanthèmes ou les dahlias, nous n'en avons personnellement jamais observé chez les iris. L'un des rares qui soit répertorié l'est dans la généalogie de 'Christmas Time' (USA, Schreiner) qui a pour origine : sport blanc de 'Ma Y Hall' par 'Arctic Flame'. Le sport n'est pas une dégénérescence mais une mutation partielle qui ne se propage pas elle même.


Tout ce qui précède est, bien entendu, le fruit de longues années d'observations plus que de résultats assis sur des bases scientifiques. Les véritables dégénérescences sont la plupart du temps dues à des affections d'origine virale ou à des méthodes de multiplication trop intensives.
A priori, l'iris dit « des jardins » (barbata eliator) est très peu sensible aux virus ; par ailleurs sa multiplication se fait toujours de façon traditionnelle, le recours à la multiplication in vitro n'ayant que peu d'intérêt pour une plante qui se multiplie rapidement naturellement.
Il semble donc logique d'écarter en tout état de cause la dégénérescence. En plus de l'absence de rapports sérieux sur le sujet, nous en voulons pour preuve que des variétés très anciennes (ayant plus de 150 ans) se reproduisent toujours fidèlement.


PS : L'utilisation de glyphosate (Round-up® ou autre nom commercial) à proximité peut par la projection de quelques micro-gouttelettes provoquer une forte diminution de la taille des fleurs, des malformations et leur décoloration. Comme pour les anomalies citées au paragraphe 4, ce phénomène est réversible et des iris atteints une année refleurissent normalement au printemps suivant.



1 Reprise de l'article initialement publié dans Iris et Bulbeuses n° 75 p 5-7. (1984). Extraits dans le n° 113 p 9. (1994).


Société Française des Iris et plantes Bulbeuses (S.F.I.B.)
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