Neomarica Sprague
Iris et Bulbeuses n° 139 p 11-14. (2000). Maurice Boussard.
www.neomarica.net (DE) 

- Neomarica gracilis, N. coerulea et N. humilis (à l'époque sous le nom Marica).
Gravures anciennes (Bot. Mag. et Bot Reg.) by courtesy of www.botanicus.org
Bien que les Iridacées soient une famille avant tout de l'ancien Monde, les Amériques en recèlent cependant un certain nombre (300/1800 environ), principalement :
- Iris, circa 35 espèces nord-américaines, toutes rhizomateuses
- Sisyrinchium et genres alliés (Olsynium, Solenomelus, Libertia, Orthrosanthus...), environ 120 espèces
- "Tigridioïdes", exclusivement américaines (des USA à l'Amérique australe), qui sont des plantes bulbeuses à feuilles plissées et fleurs régulières à pétales curieusement conformés (géniculés, révolutés). Une vingtaine de genres (ex. Cypella, Gelasine, Nemastylis, Tigridia et ~ 100 espèces. Le spectaculaire (et facile à cultiver) Tigridia pavonia en est l'exemple classique.
- Il existe enfin une petite tribu (3 genres, une cinquantaine d'espèces), elle aussi uniquement néotropicale et singulièrement brésilienne, les Mariceae. C'est à elle qu'appartient, tout comme Pseudotrimezia & Trimezia, le genre Neomarica, objet de cet article.
Ces 3 genres sont aisément différenciés l'un de l'autre à l'aide de la clé simple suivante :
Une monographie très récemment publiée (L. CAPELLARI*, Univers. Sao-Paulo, 2000), donne l'occasion de faire le point sur ces très belles Iridacées à la floraison (défaut inhérent à la famille), fugace mais spectaculaire et au beau feuillage persistant dont le port rapelle tout à fait celui d'un Iris.
Primitivement dénommées Marica (Cf nom de la tribu ci-dessus), on s'est avisé au cours du temps que ce nom couvrait des plantes appartenant en fait à des genres différents (Cipura, Cypella) alors même que de vraies Neomarica étaient décrites comme Moraea (genre africain) ou Iris ("Iris sylvestris" de Vellozzo, 1825 pour N. sylvestris). Ces confusions poussèrent le botaniste anglais SPRAGUE à créer ce genre Neomarica (1928). 50 ans plus tard (1977), le botaniste italo-chilien P. F. RAVENNA proposa d'inclure Neomarica dans le genre voisin Trimezia, proposition rejetée quelques années plus tard (CHUKR & GIULETTI, 1988).
Bien individualisé à ce jour, notre genre comprend 20 espèces, toutes brésiliennes saut une, N. variegata, centro-américaine, du Mexique au Costa-Rica. Ce sont habituellement des plantes de sous-bois, endémiques principalement de la "mata atlantica" (ou de ce qu'il en reste, plus de 80% ayant aujourd'hui disparu par le fait de l'Homme), forêt pluviale (=ombrophile, du grec ombros : pluie) tropicale toujours verte (sempervirente) s'étendant sur plus de 2.500 km le long des côtes brésiliennes, du N. de l'état de Bahia au Sud du pays. 2-3 espèces ont un biotope tout à fait différent, hantant les "campos cerrados" (pelouses rocheuses du plateau central brésilien), en sol sableux très pauvre et plein soleil ; elles sont d'ailleurs de culture plus délicate.
Comme déjà mentionné, ce sont des plantes à feuilles persistantes, simulant tout à fait un Iris de taille allant de 0,3 à 2m. La floraison, printanière ou estivale, se montre au sommet d'une tige aplatie dépassant souvent le feuillage et terminée par une bractée foliacée (=spathe) d'où naissent un ou plusieurs bouquets de fleurs aussi fugaces (1 journée, parfois moins) que belles, se montrant en succession. Il apparaît ensuite et souvent, après floraison, des petites plantules à l'extrémité de cette tige qui, sous leur poids, finit par rejoindre le sol permettant alors leur enracinement et une multiplication végétative de la plante. Les graines, également produites, rappellent celles des Iris et sont de germination capricieuse.
En raison de leur origine tropicale et caractère sempervirent, les Neomarica doivent, sauf en régions à climat très clément (côte basque ou méditerranéenne) où elles supportent le plein air, être cultivées en serre leur assurant une température de 10°C. minimum, en sol humeux maintenu constamment humide, à mi-ombre.
Pour raisons de simplicité et de commodité, les espèces énumérées ci-dessous sont classées en fonction du coloris dominant de leur fleur, blanc, jaune ou bleu/violet. C'est en fait celui des segments externes (sépales), plus ou moins étalés, parfois retombants (Cf Iris), à base en règle mouchetée de pourpre rouge ou brun. Les 3 tépales internes (pétales) sont assez semblables quelle qu'en soit l'espèce, à base identique à celle des sépales, mais extrémité dressée et recourbée vers l'extérieur à veines et panachures violet vif sur fond blanc. Elles dégagent souvent un agréable parfum qui n'est pas sans rappeler celui de la pivoine ou de la rose.
Espèces à fleurs blanches

- Neomarica gracilis (Curtis Bot. Mag. t.3713*)
- N.candida : parfois proposée dans le commerce sous le nom impropre de N. gracilis.40-100 cm. Beau feuillage vert brillant ; tige florale +- penchée, 30-80 cm, portant plusieurs plantules après anthèse. Fleurs 6-9 cm, odorantes, sépales blanc pur à base densément maculées de pourpre rougeâtre (caractère distinctif avec N. northiana, voir ci-après), pétales fortement veinés de bleu violet vif. Printemps-début d'été (mars-juillet). Sud du Brésil et régions adjacentes d'Argentine et du Paraguay. Par ailleurs rencontrée à l'état subspontané sous tous les Tropiques (Afrique, Asie).
- N. gracilis : la vraie ! Feuilles étroites (50-70/1-1,2 cm). Tige florale de 60-80 cm terminée par 3-6 bouquets floraux naissant de pédicelles allongés. Fleurs assez petites (3 cm)- Etats de Rio (RJ) & Sao-Paulo (SP). Assez peu connue.
- N. guttata : espèce nouvellement décrite présentant la particularité ( unique dans le genre) de posséder des fleurs à sépales pointillés de lilacé sur fond blanc (guttatus en latin : en forme de gouttelettes). Plante assez petite (30-50 cm) et apparemment très localisée (une seule station connue dans l'état de SP). Sans doute une des plus mignonnes du genre.
- N. northiana : c'est l'espèce type, ayant servi comme modèle du genre et primitivement décrite sous le nom de Marica northiana (Schneev. 1793). Ressemble beaucoup, en plus robuste (jusqu'à 1,5 m), à N. candida dont elle se distingue par une origine plus "nordique" (états de RJ & SP), un feuillage plus robuste (70-120/3-5 cm) et une bigarrure beaucoup moins fournie de la base des segments floraux, de couleur plus claire (brun rouille versus pourpre rouge).
- N. variegata : unique espèce non brésilienne (Amérique centrale). 40-60 cm. Fleurs moyennes (5-7 cm), blanc sale à pétales panduriformes (forme de violon) à épaisses veines violettes. Seule espèce à posséder des graines de couleur rouge orangé ; elles sont brunes chez toutes les autres.
Fleurs bleues ou violettes

- Neomarica coerulea (Bot Reg. t.713*)
- N. coerulea : sans doute l'espèce la plus spectaculaire. Robuste (0,8-2 m), à feuillage glauque (rappelle un peu celui de notre iris des marais, I. pseudacorus). Grandes fleurs (10-15 cm) à sépales bleu +- vif et pétales à bande centrale blanche veinée transversalement de bleu cobalt. Forme rapidement de fortes touffes. Printemps.
- N. eximia, glauca & rigida sont assez voisines, ayant même été tenues comme formes de coerulea.
- N. fluminensis : autre forte espèce à feuilles 60-100/4-6 cm. Belles (10 cm) fleurs odorantes, sépales bleu ciel à lilas tendre à coupe centrale largement bariolée de brun purpurin, panachures retrouvées sur une large part des pétales. Printemps (mars-mai). Découverte dans l'agglomération de Rio même (forêt de Tijuca) d'où son nom spécifique (flumen=rio=fleuve) mais répartition plus vaste (états de Bahia [B] & d'Espiritu Santo [ES]).
- N. sabinii ressemble à la précédente en plus robuste (feuilles 0,7-1,5/2-3,5 cm), à fleurs d'un beau violet foncé uniforme. Etats de B, ES & MG (=Minas Gerais). Printemps-été.
- N. rupestris possède un biotope très spécial, uniquement rencontrée dans l'état de MG (Serra do Cipo) en collines rocheuses et sol sableux très pauvre, en plein soleil. Rhizome dressé et renflé, proche des rhizomes cormiformes des genres voisins Pseudotrimezia & Trimezia (qui hantent les mêmes biotopes) ; feuillage plus étroit (35-60/1-2 cm) et plus raide que celui des espèces de sous-bois, habituellement souple et gracieusement arqué. Fleurs identiques à celles de coerulea mais ne s'ouvrant qu'en début d'après-midi pour se fâner le soir (celles de coerulea s'épanouissent dès le matin). Culture difficile en dehors de ses stations d'origine.

- Neomarica humilis (Bot. Mag. t.3809*)
Espèces à fleurs jaunes
- N. humilis (syn. : occidentalis, vittata) est d'aspect assez délicat, à feuilles pouvant atteindre 80 cm mais flasques et étroites (2cm). Fleurs moyennes (6 cm), jaune clair. Vaste aire de répartition (de l'état de Para jusqu'au Parana, soit >2.000 km ; une station a même été répertoriée au Vénézuéla voisin. Eté-automne. N. lutea lui est très proche.
- N. imbricata : ressemble, en plus "costaude", à la précédente. Fl. Crème à discrètes stries violettes sur pétales et capsule à parois verruqueuses avant maturité. Juillet-octobre.
- N. longifolia : feuilles longues et étroites (80-100/1-1,3 cm). Bouquets floraux multiples portés par de longs pédicelles naissant de la bractée terminale ; fl. nombreuses mais petites (3-4 cm) en début d'été. Etats de ES, RJ, SP.
- N. portosecurensis & pulchella sont 2 espèces côtières assez petites (20-50 cm) ; celles-ci possèdent des fleurs jaune canari vif.
- N. paradoxa est une espèce très peu connue (n'a été collectée qu'une seule fois) à petites fleurs jaunes à sépales dressés et rhizome cormiforme rappelant N. rupestris. N.E. du Brésil (état de Maranhao).
- N. sylvestris (= heloisae-mariae) terminera cette énumération car ses fleurs peuvent varier du jaune verdâtre au violet. Elle possède par ailleurs un port très particulier, savoir des feuilles disposées tout au long d'un rhizome partiellement aérien et stolonifère, rappelant en cela certains Iris (I. confusa, wattii). Petite plante (20-35 cm) de forêts très humides de RJ & SP, exigeant la pleine ombre Pas de saison marquée de floraison.
Quelques unes de ces espèces sont disponibles chez des horticulteurs spécialisés : N. candida (sous le nom erroné de gracilis), coerulea, northiana et possiblement bientôt fluminensis.
* * *
* Capellari Jr. L. 2000. Revisão taxonômica do gênero Neomarica Sprague (tribo Mariceae, subfam. Iridoïdeae, Iridaceae). Tese de Doutorado. Instituto de Biologia. Universidade Estadual de Campinas, 300 p.
(http://libdigi.unicamp.br/document/?code=vtls000202796)
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