Iris et Bulbeuses n° 137 p 6. (2000). Paolo Gambassini.
Jamais venu en Bretagne, je gardais quelques souvenirs, même lointains dans le temps, de Normandie et de Picardie. Venant de Florence où le soleil avait déjà bien cuit les Iris (même trop, pour cela la floraison a duré moins longtemps cette année) J'ai subi l'impact du climat atlantque. En tant que méditerranéen d'origine garantie, quand je me trouve en milieu frais et humide, dans ma fibre intime se déclenche une sonnette d'alarme, mais en Bretagne une sensation hostile n'est point imaginable ; la douceur du paysage, l'équilibre des rapports entre forêt, prairie et cultures, la charge d'histoire qui pèse sur la région, tout est là pour inspirer détente et envie de rester.
Les rhododendrons : partout, splendides en variétés et vigueur, développés souvent jusqu'au premier étage des maisons. Et là on commence à avoir des doutes : dans une région à tendance froide et avec un sol qui porte si bien les rhododendrons quel est le destin des iris ?
C'est à cela qu'on peut estimer le talent qui a guidé l'implantation des iris aux jardins de Brocéliande lusqu'à obtenir, en conditions peu favorables, une bonne floraison et des plantes saines. Le seul point qui fasse penser à la difficulté de l'environnernent est celui du développement des plantes. Si on considère que ce qu'on jugeait à Brocéliande était issu de trois rhizomes cultivés pendant deux ans et que le nombre des pousses était semblable à ce qui donne un seul rhizome en deux ans à Florence, on a la mesure des difficultés à maîtriser.
Le jugement en soi n'a pas été difficile car les plantes qui se présentaient dans les meilleures conditions, les plantes du groupe de tête qui a enlevé le plus grand nombre de suffrages, ont été les mêmes dans la première évaluation de tous les juges. La variété à proposer comme première a obtenu un accord presque unanime et il n'y a donc pas eu de ballottage.
J'ai eu la chance de juger avec un jury de haut niveau qui comprenait Mme Perrier, bien connue dans le monde des iris en France et à l'étranger, Mme Brunel, juge en France et qui a pris part au concours de Florence, M. Bourdillon, parmi les meilleurs professionnels d'Europe, et M. Engelen, professionnel en Belgique et obtenteur de splendides variétés. Dans cet éventail il ne manquait pas de gens compétents qui, mieux que moi, pouvaient assumer la présidence du jury ; cela m'a été proposé, évidemment comme un geste de courtoisie envers un étranger, et j'ai interprété mon rôle comme un service à rendre aux collègues.
Le jugement final n'a pas posé de problème, même en présence de niveaux de votes différents qui, comme toujours, révèlent les divers degrés de générosité des juges, mais ne compromettent pas l'établissement de la liste des variétés favorites.
J'estime significatif que le jugement du groupe qualifié d'"élèves-juges" ait été superposable à celui du jury officiel ; cela permet donc penser que bientôt à la place des élèves il y aura un bon groupe de juges français.
Dernière note : oublions pour un moment notre monomanie pour les iris et regardons tout l'ensemble des jardins de Brocéliande pour rester admiratfs d'une réalisation superbe qui certes vaut la peine d'être visitée.