Iris et Bulbeuses n° 136 p 14-19. (2003). Maurice Boussard.
Du 13 mai au 7 juin 2008, à Jouy-en-Josas (78)
D'une manière générale, les graines d'Iris doivent être semées à l'automne pour germination au printemps suivant ; ces graines pouvant être, pour hâter leur germination (?), ramollies par trempage dans l'eau tiède pendant 1 à 2 jours. Le froid hivernal semble nécessaire à la levée de la dormance.
Cette opération se fera donc en Septembre-Octobre, en pots remplis d'un mélange terreux neutre mais bien drainant (les jeunes semis redoutant toute humidité stagnante) maintenu légèrement mais constamment humide. Ces pots seront plongés jusqu'au bord dans le sol, en plein air et de préférence sous un châssis les abritant des excès climatiques (fortes pluies chassant les graines du pot, gelées sévères les déchaussant ; la neige par contre n'est nullement nuisible). Les graines ne seront que légèrement recouvertes (leur épaisseur) ; leur viabilité est en général longue (5 ans au moins et jusqu'à 20 ans).
Les Iris sont habituellement calcicoles mais il faut savoir que certaines espèces (Evansias, Sibiricas, Laevigatas) préfèrent un sol neutre ou faiblement acide et humide, d'autres (I. ensata, laevigata, primatica, verna, etc.) sont même franchement calcifuges et ne prospéreront qu'en sol très acide, type terre de bruyère. Ils sont également héliophiles (= amis du soleil), sauf exception (I. foetidissima, quelques Evansias & Californicas).
A noter que les graines de certains Iris sont de germination lente et capricieuse. C'est le cas de beaucoup de bulbeux (Junos, Reticulatas, Xiphions) qui souvent ne germent que la seconde saison suivant le semis (un semis d'automne 1996 par ex. ne germera qu'au printemps 1998) ; cela concerne surtout les "Arils" (Oncocyclus & Regelias), ainsi appelés en raison de la présence d'une grosse caroncule blanche (= arille) ornant leurs graines, dont la germination intervient de 2 à 5 ans après le semis - on peut hâter cette germination par embryoculture, technique assez délicate à mettre en œuvre. Les Spurias eux germent habituellement à l'automne suivant le semis. Un conseil donc : soyez patient(e) et attendez 3 saisons au moins avant de décréter un semis infructueux et éliminer le pot correspondant.
Certaines espèces, peu ou pas rustiques, devront être semées (et cultivées) à l'abri du gel. Exemples : I. confusa, wattii, hexagona, palaestina...
Les graines obtenues par hybridation sont à semer de la même manière, encore que certains hybrideurs les sèment dès maturité (Août). Les semis sont repiqués à leur emplacement définitif lorsqu'ils sont suffisamment robustes pour être manipulés sans danger (à 3-4 feuilles, soit 3 à 6 mois après la levée), en sol et situation leur convenant. Certaines espèces nécessitent un sol humide durant tout ou partie de l'année (I. Ensata, setosa, latifolia, Sibiricas ... ), étant même franchement aquatiques (I. laeviqata).
La floraison intervient habituellement 2 ans après germination, rarement plus tôt (I. dichotoma, certains Evansias), souvent plus tardivement (3-4 ans pour les Spurias, 4-6 ans pour les bulbeux). Là aussi, il convient de s'armer de patience qui est, dit-on, une des vertus cardinales du (bon) jardinier.
Sont détaillées ci-après par principales Sections mais se souvenir qu'en règle générale les Iris exigent, pour prospérer et fleurir, une situation ensoleillée (moitié de la journée au moins) et un sol bien drainé; sinon, beaucoup de feuilles mais peu ou pas de fleurs et risques aggravés de pourriture. Ils redoutent par ailleurs tout excès d'azote, surtout sous forme organique (pas de fumier).
Le rhizome doit reposer sur le sol et non y être enterré car sa face supérieure, d'où partent les feuilles, doit recevoir le soleil. Pour ce faire, creuser une tranchée de 10-15 cm de profondeur au centre de laquelle on réalisera un monticule triangulaire à sommet affleurant le niveau du sol, sur lequel sera "assis" le rhizome, les racines étant disposées symétriquement sur les 2 côtés descendant du triangle puis la tranchée comblée et bien arrosée ensuite. Ces Iris sont calcicoles (rajouter du calcaire ou de la dolomie en sol acide) ; ils sont à diviser et à transplanter tous les 3-4 ans, en séparant et choisissant les pousses les plus périphériques de la touffe qui sont les plus robustes. Meilleure époque : Juin à Septembre, surtout pas au printemps (fait avorter la floraison).
Les "Arils", Oncocyclus & Regelias, sont plus délicats. Si ceux-ci peuvent être essayés en sol ressuyant vite et bien en été, ceux-là exigent un sol chaud et absolument sec de Juin à Novembre, ce qui circonscrit leur culture aux seules régions méditerranéennes.
Quelques uns sont rustiques et peuvent être cultivés comme les iris barbus (I. milesii, tectorum), ou en sol acide et à mi-ombre (sous-bois, I. cristata, gracilipes). D'autres sont plus délicats (I. confusa, japonica, wattii), de floraison très précoce et ne supportent que de faibles gelées. Ils se multiplient très vite par contre par émission de stolons.
Groupe vaste et hétérogène, ne seront traitées que les principales sections :
Les Spurias, intéressants par leur floraison qui prolonge celles des iris barbus, sont bien rustiques et d'autant plus florifères que la touffe est âgée. Ils ne nécessitent donc que des divisions espacées (tous les 8-10 ans) ; les rhizomes, fibreux, doivent être enterrés à 8-10 cm et l'opération suivie d'un bon arrosage. Sol neutre à moyennement calcaire, (trans)plantation à faire de préférence en début d'automne, époque d'apparition de nouvelles racines. Ne refleurissent normalement que la seconde année suivant la plantation.
Les Sibiricas sont à traiter comme les Spurias, en sol ni trop calcaire ni trop sec en été. Intéressants en petits jardins auxquels leur allure fine et élancée convient bien.
I. pseudacorus, versicolor & virginica, de la série des Laevigatas, sont à cultiver comme les Sibiricas ; par contre, les 2 espèces asiatiques, I. ensata (ex kaempferi, Iris dit du Japon) & laevigata, bien que très rustiques, abhorrent le calcaire et requièrent plus d'humidité, le dernier nommé étant aquatique (attention pas d'eau calcaire pour lui). Idem pour I. setosa qui est le plus boréal des Iris (Sibérie, Alaska).
Les Hexagonae, américains, sont aussi très beaux mais malheureusement peu rustiques au Nord de la Loire, à l'exception d'I. brevicaulis (foliosa) & fulva (le seul Iris botanique "rouge" connu). Pour sols humides et riches en matières organiques (fumier) car fort gourmands. Ils ont produit de magnifiques hybrides dits "Louisianas".
Américains eux aussi, les Californicae (Pacificas) prospèrent en sols acides et graveleux, très drainants, à mi-ombre. Très jolis par leur feuillage persistant et leurs fleurs aux formes et coloris attractifs. A obtenir préférablement de semis car de transplantation malaisée.
Il reste à mentionner quelques "isolés" dans ce groupe, beaux et faciles :
I. foetidissima, au joli feuillage lustré persistant, est surtout intéressant par ses grosses graines orangé vif fixées sur les capsules largement ouvertes (bouquets secs). Seul Iris croissant à l'ombre complète, même en sol pauvre et sec.
I. lactea, largement répandu à travers toute l'Asie orientale et son cousin (au moins sur le plan cultural) américain I. missouriensis, ont de jolies fleurs blanches rayées de violet (à moins que ce ne soit l'inverse) et sont de culture très aisée, traités comme les Spurias ci-dessus.
I. unguicularis (=stylosa) enfin, dit iris d'Alger, possède une très longue floraison hivernale (Novembre-Mars) et recherche un sol calcaire, une situation ensoleillée et sèche, à l'abri des grands froids (pied d'un mur exposé au Sud, peut résister à -15°C). Transplantation difficile, à effectuer en automne lorsque, pluie et fraichissement des températures aidant, de nouvelles racines sont émises par les rhizomes. On peut sans dommage couper les longues et raides feuilles persistantes à ce moment, pour mieux apprécier la floraison à venir.
Les Iris bulbeux enfin - Junos, Reticulatas, Xiphions - sont tous des plantes de sols calcaires, adaptées à des étés longs, chauds et secs qui voient la disparition de leur feuillage (Cf Arils ci-dessus). Certains sont cependant suffisamment accomodants pour résister sans soins particuliers en sols bien drainés, au soleil. C'est le cas des Junos I. bucharica, cycloglossa, magnifica, vicaria, des Reticulatas bakeriana, danfordiae, histrioïdes, reticulata, des diverses variétés d'I. xiphium. 2 exceptions I. winogradowii (Reticulata mais rarement disponible et hors de prix) & latifolia (= xiphioïdes, c'est l'iris de nos Pyrénées) rustiques mais demandant un sol non calcaire qui reste humide tout au long de l'année. Attention incidemment aux longues racines persistantes, charnues et cassantes des Junos lors de manipulations des bulbes.
Ainsi cultivés, les Iris sont habituellement peu sensibles aux maladies même si certains champignons parasites peuvent produire des taches disgracieuses sur le feuillage. Les pourritures sont toujours le signe d'un excès d'humidité (sol mal drainé, situation ombragée, engrais mal décomposé). Seules les viroses, caractérisées par l'apparition de stries et taches jaunâtres sur les feuilles allant de pair avec un affaiblissement de la plante, sont à redouter : seul remède, arracher et détruire la plante (brûlage) pour limiter les risques de contamination (pucerons). La chlorose (jaunissement des feuilles) guette aussi les Iris calcifuges cultivés sur sol ou/et arrosés avec de l'eau calcaire.
Et maintenant bonne chance dans la culture des vos Iris...