Iris et Bulbeuses n° 132 p 25-27. (1999). Maurice Boussard.

Ce petit genre (6 espèces) d'Iridacées, décrit en premier par le botaniste anglais Salisbury en 1812, est très voisin des Iris & Moraea dont il partage certains caractères et représente probablement un " ancêtre " dans l'évolution des Iridées ; au point que l'espèce la plus connue, D. iridioïdes, fut initialement décrite par le grand Linné (1767) sous le binôme de Moraea iridioïdes tandis que D. bicolor était pour Lindley (1831) Iris bicolor ! Ce n'est qu'en 1866 que Klatt individualisa vraiment le genre, suivi en cela par Brown (1928) puis P. Goldblatt (1981) dont la publication " Systematics, Philogeny and Evolution of Dietes " est la plus récente sur le sujet.
Cinq des six espèces connues à ce jour sont natives de L'Afrique tropicale orientale et australe, quoique l'une d'entre elles (D. iridioïdes) soit maintenant largement disséminée, à l'état subspontané, dans tous les intertropiques ; la sixième présente une disjonction géographique curieuse (et inexpliquée) puisqu'uniquement rencontrée dans les Iles Lord Howe, situées à l'Est de l'Australie, entre Nouvelle Zélande et " Kanaki " (Nouvelle Calédonie).
Une certaine confusion demeure de nos jours, au moins dans le monde horticole, car des catalogues proposent encore " Moraea iridioïdes " et les Californiens parlent d' " African
Les Dietes sont des plantes herbacées moyennes à robustes (0,5 - 2 m.) à port d'Iris : feuilles isobilatérales équitantes, coriaces, persistantes, partant d'un rhizome horizontal, persistant lui aussi. La tige florale, habituellement ramifiée, porte plusieurs fleurs régulières, assez fugaces, mais en succession et variant du blanc au jaune pâle marqué de taches plus foncées. Les 6 tépales (3 " sépales " externes + 3 " pétales " internes) sont à onglet dressé et à limbe horizontal, conférant à la fleur un aspect étalé. Les styles, pétaloïdes comme chez Iris & Moraea, sont concolores aux tépales ou teintés de lilacé. Les graines, abondamment produites, sont dures, habituellement aplaties, de couleur brune ; il convient de les faire tremper 2-3 jours dans l'eau tiède avant semis afin d'en hâter la germination. Nombre chromosomique de base n = 10.
Ce sont des végétaux dits " mésophiles ", croissant en lieux où le sol ne se dessèche pas trop (bords des eaux, pluviométrie assez égale au long de l'année). Ils y affectionnent forêts et clairières, certaines espèces (D. butcheriana, iridioïdes) étant franchement sciaphiles (recherchent l'ombre dense). Rustiques chez nous dans l'Ouest, Sud-Ouest et Midi méditerranéen (serre froide ailleurs), en sol pas trop calcaire. Le tableau ci-dessous résume quelques caractères distinctifs entres Dietes, Iris & Moraea :
| Caractère | Dietes | Iris | Moraea |
| Organe de réserve | Rhizome | Rhizome ou bulbe | Corme |
| Feuilles | Equitantes, persistantes | Equitantes, caduques | Unifaciales, caduques |
| Tube floral | Absence | Présence | Absence (sauf 2-3 esp.) |
| Tépales | Libres, horizontaux, Taille sensiblement égale | Soudés à la base (tube) Pétales dressés, < sépales | Libres, sépales habituellement > pétales |
| Etamines | Libres | Libres | Soudées (base filets) |

Dietes bicolor : 50-120 cm. Feuilles 50-100/0,6-1 cm, raides, vert jaunâtre, à double nervure centrale. Tige florale 80-120 cm, ramifiée, portant en succession de Mai à Octobre des fleurs assez grandes (7 cm), fugaces (2 jours), jaune beurre à large tache brun foncé sur les " sépales ". Capsule globoïde, ne s'ouvrant que partiellement à maturité. Est de la Province du Cap, au bord de cours d'eau ou d'étangs, au soleil.
D. butcheriana : assez récemment décrit (1943) car très localisé (sous-bois ombragés et noyés de brume du Zululand, ex-province du Natal). Caractérisé par ses larges feuilles (100/5 cm) rappelant celles de D. robinsoniana et ses fleurs relativement petites (6 cm), blanc pur pointillé de jaune à la base des sépales. Les capsules, globuleuses, demeurent closes à maturité et les graines ne sont libérées qu'après pourrissement des parois.
D. flavida : autre espèce locale et de découverte récente (1967). Plante de 50-70 cm à feuille de 30-50/1,5-2 cm et floraison sporadique. Fleurs jaune pâle marqué de brun orangé sur l'onglet sépalaire ; capsule ovoïde, lisse, pendant à maturité. Lisières et clairières de forêts (mi-ombre).
D. grandiflora : incontestablement, la plus belle espèce avec bicolor. 100-150 cm. Feuilles de 75-100/1-1,5 cm, lisses, étroitement dressées, vert foncé. Grandes fleurs (10-12 cm) blanc pur, marqué d'une pilosité jaune d'œuf à la base des sépales et de stries brun noir sur celles des pétales. Le coloris lavande des styles (pétaloïdes) contraste joliment sur ce fond blanc. Capsules oblongues (4-5 cm) rugueuses et sillonnées. Les fleurs (2-3 jours) sont peu fugaces pour le genre. La plante rappelle, en plus robuste, D. iridioïdes, mais demande une situation ensoleillée. Trouvée de l'Eastern Cape jusqu'au Natal.
D. iridioïdes : espèce la plus commune, à l'aire de répartition la plus vaste (de la pointe sud de l'Afrique au Kénya) et la plus souvent décrite, d'où de nombreux synonymes (D. catenulata, compressa, prolongata, vegeta, "Moraea vegeta", à ne pas confoncre avec la vraie M. vegeta, plante à corme et espèce-type du genre Moraea). Taille 30-60 cm, feuilles 25-50/0,8-2 cm, en éventail plus évasé et incliné que celles de D. grandiflora. Tige florale ramifiée, souvent penchée sous le poids des capsules et plantules apparaissant après épanouissement de fleurs (6-7 cm) qui se montrent sporadiquement et pendant plusieurs saisons sur une même tige, du printemps à l'automne. Elles sont blanc pur à styles lilas rappelant, en plus petit et fugace, celles de grandiflora mais les pétales sont immaculés, sans strie aucune. C'est, comme D. butcheriana, une plante d'ombre ; elle s'en différencie par ses feuilles plus étroites, la couleur (lilas) de ses styles, ses capsules allongées et ridées.
D. robinsoniana enfin est la géante et l'exilée du genre, dont l'aire de répartition est aussi restreinte qu'éloignée de celles de ses congénères africaines (#10000 km à l'Est !). Très robuste (jusqu'à 2 m), feuilles de 150/5 cm dont taille et port évoquent un Phormium. Fleurs blanches (8-9cm) à sépales marqués de " nectar guides " orangés, très fugaces (s'ouvrent à 10 h. pour se faner le soir même) et portées en succession sur une tige très ramifiée, ce dernier caractère partagé par D. bicolor et les faisant considérer toutes deux par P. Goldblatt comme les plus primitives d'un genre lui-même très primitif (Cf introduction). Capsules globuleuses et tronquées à l'apex, renfermant de larges graines aplaties évoquant celles de notre Iris des marais (I. pseudacorus).
Trois au moins de ces Dietes (D. bicolor, grandiflora & iridioïdes) et parmi eux, les deux plus beaux, sont, à ma connaissance, proposés dans le commerce horticole spécialisé hexagonal (Bulb'Argence). Ils méritent d'être essayés par tout amateur car poussant sans soin particulier, comptant peu d'ennemis et résistant à d'occasionnels gels (-5/-7°C). Il conviendra seulement de ne pas laisser le sol trop se dessécher en été pour se voir gratifier de la floraison de ces mignons cousins austraux de nos Iris.