Crocus karduchorum (Kotschy et Maw)

Iris et Bulbeuses n° 130 p 9-11. (2003). Jean-Yves Tronel.


A la mi-septembre, les bulbes du Proche-Orient refleurissent. Les collines grises ou violettes de ces pays, leurs vallées ombreuses recèlent des beautés captivantes. Crocus karduchorum, connu depuis longtemps, mais si rarement rencontré en est l'une d'entre elles. Les quelques détails que nous vous donnons ici vous permettront peut-être de contempler un jour d'automne, son étonnante floraison.

Historique.

On le connaît depuis 149 ans... En 1859, Th. Kotschy, dont le nom est à jamais attaché à bien des découvertes dans cette région du monde, décrivait cette espèce pour la première fois, à partir de matériel sec récolté dans la nature.

A la fin du siècle dernier, George Maw compléta la description princeps de Théodore Kotschy (1881) en livrant au monde la première monographie du genre Crocus en 1886 (Dulau and Co London).

Au début du siècle, W. Siehe, botaniste et bulbiculteur allemand installé en Turquie, envoya une collection de bulbes botaniques en Europe, en provenance de Cilicie, étiquetée par erreur, Crocus karduchorum alors qu'il s'agissait en fait de la variété leucopharynx de Crocus kotschyanus qui diffère de la ssp kotschyanus, entr'autres, par une gorge blanche exempte de taches jaunes et par une fertilité très inconstante.

L'erreur persiste depuis cette époque et dans nombre de catalogues commerciaux, elle se rencontre bien que B L Burtt ait rétabli la véritable identité de la plante de Siehe en 1948. Pour la petite histoire, Siehe fut emprisonné par les autorités françaises durant la première guerre mondiale, sa maison et ses collections détruites, parce qu'il était allemand. Il devait mourir de la malaria, à l'hôpital américain d'Adana en Turquie. Il repose encore là-bas à Mersin. Quant à C. karduchorum, il ne fut redécouvert qu'en 1974, par le professeur T. Baytop de la faculté de Pharmacie d'Ankara, donc longtemps après.

Description

Kotschy & Maw in Gardener Chronicle 16 : 234 (1881).

« corme : 0,8-1,5 cm de diamètre, plutôt aplati mais gisant sur le côté dans le sol. Tuniques finement membraneuses avec des fibres parallèles ou réticulées de façon lâche.

3 cataphylles blancs. 3 à 4 feuilles, hystéranthées, sortant longtemps après la floraison, persistant quelquefois mais rarement au-delà de la saison précédente, larges de 1,5 à 2 mm, vertes, glabres.

Fleurs solitaires, légèrement parfumées, lilas bleu-pâle à bleu moyen finement veinées de sombre, blanchissant progressivement vers la base des segments, de telle façon que la zone blanche centrale s'avère difficilement définissable ; gorge blanche, pubescente, prophylle présent.

Bractée dont les sommets sont à peine visibles au dessus des cataphylles. Il n'y a pas de bractéole.

Le tube du périanthe est long de 4 à 9 cm, les segments sub-égaux longs de 2,7 à 4,2 cm, larges de 0,8 à 1,2 cm, oblancéolées ou obtrullés subaïgus, voue aïgus. Filaments longs de 4 à 5 mm, glabres, blancs. Anthères longs de 0,9 à 1,7 cm, blanc crème. Style très divisé en environ 20 branches ou plus, blanches, lâches et largement divergentes, dépassant de beaucoup les anthères.

Capsule ellipsoïde, longue d'environ 1 cm, large de 0,4 cm. Graines largement ellipsoïdes, d'environ 1,5 mm de longueur 2n = 10.

Période de floraison : septembre-octobre en Turquie.

Habitat : montagneux 1850 à 2000 m, sur les pentes des précipices parmi les chênes et les buissons, épars, sur sol caillouteux exempts de calcaire.

Localité type : Turquie, crêtes montagneuses entre Müküs et Schirwan (actuellement Bahçesaray et Sirvan) 6000 pieds, 27-09-1859, Kotschy 469 (spécimens à Kew et à Vienne).

Distribution : Turquie du sud-est (sud-ouest de lac de Van dans la province de Bitlis).

Dans son livre, Brian Mathew discute ses parentés avec C. kotschyanus dont il est voisin, mais facilement différenciable.

Quant à moi, je dois à la gentillesse de Mr Norman Stevens, Cambridge Bulbs, 40 Whittlesford Road, Newton, Cambridge, CB2 5PH Angleterre, de posséder cette plante depuis deux ans, issue de sa collection personnelle.

Culture : Elle découle du climat de ces régions où le retour des pluies débute dès la mi-août, parfois plus tard. L'enracinement débute assez tôt, en octobre, suivi de la floraison. Il ne faut pas que l'été soit trop sec, et la culture montre qu'il préfère la fraîcheur et un substrat caillouteux. En France, il supporte mal la jardin, s'il s'en satisfait en Angleterre. C'est pourquoi je le conserve à l'ombre en été, au sec dans son pot lui-même plongé dans un pot plus grand rempli de tourbe. Il faut néanmoins prendre garde à ce que le bulbe ne se déshydrate pas trop durant ce laps de temps. Il faut hydrater la tourbe au moindre signe de dessèchement du corme. Dans l'ensemble, il est moins facile que Crocus kotschyanus ssp kotschyanus. Depuis deux (1996), je l'ai conservé avec une floraison initiale sans multiplication végétative, car, l'an dernier, je n'avais repris les arrosages de la tourbe qu'en octobre, c'est à dire bien trop tard. De ce fait, le bulbe avait beaucoup diminué de taille et je n'ai pas eu de floraison. Mais la reprise s'est bien déroulée, in extremis, et le mois de mai a vu le rétablissement complet du nouveau corme avec une bonne végétation. Actuellement, et avec des arrosages de la tourbe pendant l'été et en septembre 1998, la reprise se déroule sans problème depuis la fin d'octobre. N'arroser directement le bulbe qu'à partir d'octobre.

Engrai faiblement nitrés, en début d'année avec phosphore et potasse en automne à la reprise des arrosages. Hiver en serre froide vu la rareté de cette espèce et bien qu'elle puisse être temporairement au jardin vu sa relative rusticité, du moins pendant les belles journées de l'hiver. Printemps au jardin. La floraison survient en France à la même époque qu'en Turquie. La fleur est une des plus jolies de la Terre...

Conclusion : Plante de collection, strictement montagnarde, à multiplier dans un but conservatoire pour l'enchantement de l'automne.

Bibliographie

Kotschy Th. ex Maw, Gard. Chronicle 16 : 234 (1881).
B. Mathew, The Bulbs Newsletter n° 6 : 9-10 (1994)
B. Mathew, The Bulbs Newsletter n° 22 : 15-16 (1998)
B. Mathew, The Crocus, B.T. Batsford Ltd London (1982)
B. Mathew, Crocus structure explained, Journal of Scott. Rock Garden Club 20 (4) n°81, 383-386 (1988)
B. Mathew and T. Baytop, The bulbous plants of Turkey, B.T. Batsford Ltd London (1984)
G. Maw, A monograph of genus Crocus, Dulau and Co London (1886)
R. Philips, Les plantes à bulbes (Ed. Française Solar) Paris 1983 p 177.



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