Iris et Bulbeuses n° 130 p 21-24. (1998). Françoise Brivet.
Ancien superviseur technique en maintenance de gros ordinateurs, Monsieur
François commence à hybrider les iris en 1992 sur les conseils de Monsieur
Lecaplain et de la S.F.I.B.
En 1993, Monsieur François s'attaque aux hémérocalles.
Il hybride deux cultivars venus du jardin de Monsieur Lecaplain : 'Ruby Withcomb'
et 'Golden Prize' (anciennes variétés de Bourdillon). Tous deux sont
tardifs, en fleurs au mois d'août.
L'hybridation réussit parfaitement ; il y eut beaucoup d'enfants.
L'hybridation des hémérocalles est un jeu, mais un jeu sérieux. Nul doute que ces quelques conseils de Monsieur François vous aideront ou surtout vous donneront très envie de vous lancer.
Commencez par vous renseigner :
Le service des publications (Publication Sales) de l'American Hemerocallis
Society, 3223 Gum Flat, Road Bells, Tennessee TN 38006 USA, publie tous les
ans « l'Hemerocallis Check List ». Vous y trouverez la liste des nouveaux
cultivars inscrits avec leur parenté ;
De même origine, le « Daylily Journal » est une mine de renseignements. Les
bibliothèques, comme celle de la SNHF, renferment des trésors. Beaucoup de
livres donnent des listes d'excellents parents. Une fois les cultivars choisis, vous
passerez commande. Monsieur François choisit ses « parents » (ses cultivars à
hybrider) chez Anfosso, Bourdillon, Cayeux et aux USA (pour les parents
récents mais qui sont plus onéreux, environ 100 dollars/pièce).
Si vous souhaitez commander aux USA, bien sûr, commencez par demander les
catalogues, ou consulter Internet (« Daylilies ») et passez commande en février ou
en juillet.
Les cultivars plantés en mars peuvent parfois fleurir dans le courant de l'année.
Ainsi, chez Monsieur François, plantés en mars 1998 fleurirent en juin 1998 'All Fired Up',
'Early Snow' ainsi que 'Orchids and Lace'. Par contre, 'Louis XVI'
planté au même moment, ne fleurit pas.
Commencez par établir la liste des plantes que vous désirez hybrider. Attention :
les deux parents doivent fleurir en même temps.
Au moment de la floraison, vous récolterez d'abord les étamines sur lesquelles
se trouve le pollen. Vous vous y emploierez le matin dans le cas de diploïdes.
Dans le cas des tétraploïdes, vous disposez de toute la journée. Méfiez-vous
tout-de-même alors du soleil qui ne doit pas être trop violent. Méfiez-vous aussi
des insectes friands d'étamines et de pollen.
Posez les étamines sur des feuilles de papier et inscrivez le nom du cultivar sur
lequel il a été récolté.
Prenez une étamine et déposez le pollen sur le pistil de la mère. Attachez à la
tige, à la base de la fleur hybridée, une étiquette où seront indiqués les noms des
parents (le nom de la mère en premier) ainsi que la date d'hybridation ; en effet,
on peut hybrider plusieurs fleurs sur la même tige.
Il peut arriver que malgré vos prévisions, les fleurs des deux parents ne s'ouvent
pas en même temps. Si la fleur mère s'ouvre la première, vous ne pourrez pas
l'utiliser. Par contre, si la fleur mère s'ouvre après la fleur père (huit jours, par
exemple), vous pourrez toujours la féconder au moment de son épanouissement
avec le pollen que vous aurez soigneusement conservé.
Comment ?
Grattez l'étamine avec la pointe d'un couteau. Faites tomber le pollen dans une
gélule vide (à demander à votre phannacien). Etiquetez la gélule (attention, elle
doit pouvoir s'ouvrir) et reportez le numéro inscrit sur l'étiquette sur un
répertoire. Rangez vos gélules dans une boîte à pellicule photo. Fermez-la et
placez-la dans le bas du réfrigérateur.
Méfiez vous du temps. Une seule goutte d'eau entraine la mort du pollen.
Hybridez par temps clair. Si le ciel est menaçant, posez un petit carré
d'aluminium sur le pistil après l'avoir fécondé et pincez ce petit carré en
enfermant le pistil.
Ce petit carré d'aluminium est aussi très utile pour protéger le pistil du pollen
des hémérocalles qui s'ouvrent la nuit. Il évite aussi une pollinisation
intempestive par les insectes.
Vous avez joué le rôle de l'insecte pollinisateur. Il ne vous reste plus qu'à attendre. Si au bout de 4-5 jours la fleur est toujours là, vous avez réussi ; ne l'enlevez sourtout pas. Elle tombera toute seule. Laissez mûrir les graines pendant six semaines.
Six semaines après l'hybridation, récoltez les capsules, même si elles sont vertes
et ne sont pas encore ouvertes.
Mettez-les à sécher une journée dans des boîtes ouvertes en n'oubliant pas de les
accompagner d'une étiquette avec le nom des parents.
Le lendemain, rangez les graines sèches, noires et fermes, dans des sachets de
matière plastique (4x8 cm) dotés d'une fermeture à glissière.
Placez un morceau de sopalin dans le sachet et, sur le sachet, l'étiquette avec le
nom des parents. (le nom de la mère en premier).
Rangez vos sachets dans une boîte hermétique en matière plastique. Fermez la et
placez-là dans le bas du réfrigérateur. Laissez-la ainsi au froid pendant trois
semaines. L'action du froid (la vernalisation) favorise la germination.
Chaque semaine, vérifiez l'état des graines. Otez les graines pourries ou molles
et changez le morceau de sopalin s'il est trop humide.
Au bout de trois semaines d'exposition au froid, voifs sortirez les boîtes groupe
par groupe avec leurs étiquettes.
Sortez les graines des sachets et déposez-les dans un godet rempli d'eau sur une
hauteur de 2 cm. Laissez vos graines dans l'eau pendant quatre jours environ en
changeant l'eau tous les jours.
Au bout de quatre jours, les graines s'enfoncent. Eliminez alors celles qui restent
en surface.
Notez que le germe peut commencer à sortir de la pointe noire et brillante de la
graine.
Deux méthodes : dans la première, les graines sont élevées à la maison, dans la
seconde, en pleine terre.
Monsieur François a adopté une méthode d'élevage à la maison astucieuse et peu
onéreuse.
« Utilisez des Jiffy-pots de 44 mm de diamètre et de 42 mm de hauteur.
Placez votre Jiffy-pot dans un verre. Mouillez-le. Pressez ensuite votre jiffy-pot
pour ôter le surplus d'eau. Enfoncez,une graine d'hémérocalle à 0,5 - 1 cm de
profondeur.
Placez vos jiffy-pots dans un bac à poisson. Un bac de 40 x 60 cm contient 126
jiffy-pots, 14 dans le sens de la longueur, 9 dans celui de la largeur.
Dans votre bac à poisson, vous aurez au préalable disposé un mélange de 1/3 de
tourbe, 1/3 de fumier de cheval bien décomposé (gardé un an au jardin, puis
utilisé en l'émiettant), 1/3 de terre de jardin.
Enfoncez vos 126 jiffy-pots dans le mélange. Vos hémérocalles profiteront
d'abord de l'engrais contenu dans les jiffy-pots puis du mélange que vous leur
avez apporté.
Installez vos caisses sous une rampe de néon placée à 20 cm au-dessus et
laissez-la éclairée 15 heures par jour.
Les semis lèvent au bout de 4 à 10 jours (il leur faut en pleine terre, 5 semaines
au mois de mai). Coupez les feuilles qui se sont allongées, sinon la plante
s'étiole. La taille renforce la plante.
Les semis ont lieu en septembre et en mars pour les graines récoltées en octobre
de l'année précédente.
Les jeunes plants issus du semis de septembre sont mis sous châssis froids en
octobre-novembre. Les jeunes plants issus du semis du mois de mars sont mis
sous châssis fin mai-début juin et protégés par une ombrière. La mise en pleine
terre a lieu en septembre.
La floraison commence deux ans après le semis.
Mais les semis de septembre peuvent fleurir au bout d'un an seulement.
Quelle joie de découvrir en juillet les enfants créés et de constater tant de
différences : couleurs, forme, fertilité, vigueur, hauteur, grosseur par rapport aux
différents parents...
Vous pouvez obtenir dans une seule gousse, sur dix graines issues de la même
fécondation, dix plantes différentes.
Méfiez-vous de la première floraison : elle est souvent moins belle et moins
abondante que celles des deux années suivantes. Souvent le « gène » de longue
floraison (2 ou 3 mois) n'apparait qu'à la 3è ou 4è année de floraison.
Je me spécialise en ce moment sur les « gènes » de parents fleurissant sans arrêt
de juillet à septembre (genre 'Stella de Oro'). Pour cela, il faut étudier, comme
pour les humains, les arbres généalogiques pour connaître le gène dominant qui
vous intéresse. Il existe chez certains parents père et mère un ou plusieurs gènes
dominants, par exemple : pousse rapide, bord de couleur différente de celle de la
fleur, forme ronde ou triangulaire, hauteur, pureté de couleur et résistance à la
pluie ou au grand soleil, bord élaboré, couleur du coeur de la fleur, nombre de
boutons sur la tige (allant jusqu'à 60).
Pour plus de détails, ou pour visiter mon jardin, n'hésitez pas à me consulter. Je
suis à la retraite. Je possède les arbres généalogiques de 1973 à 1997 plus divers
catalogues et photos. (Jean-Jacques François)