Un siècle de grands Iris en France

Iris et Bulbeuses n° 128 p 6-9. (1998). Sylvain Ruaud.



Le vingtième siècle qui s'achève a été marqué, en France et dans le monde, par un prodigieux développement des iris hybrides, et tout particulièrement de ceux que l'on qualifie de "grands", parce que ce sont ceux qui ont les tiges florales les plus hautes.

Si aujourd'hui ce sont les hybrideurs des Etat-Unis qui tiennent le haut du pavé, cela n'a pas toujours été le cas. La France, en effet, a bien tenu son rang dans cette compétition, au cours de ce siècle.

- L'hégémonie

Jusqu'à la fin des années 30, on peut dire que la France était le pays des iris. En cette matière, seuls les Anglais rivalisaient avec elle. Les Américains n'en étaient qu'à leur début, le plus souvent avec des plantes venues de France.

Au commencement de ce siècle, la maison Vilmorin obtint les premiers iris tétraploïdes, plus gros, plus vigoureux que les diploïdes. 'Isoline' (chamois/rose), 'Tamerlan' (lavande bronzé) et surtout 'Alcazar' (violet), en 1910, ont marqué leur époque et obtenu un succès mondial mérité. 'Dejazet', un autre iris Vilmorin, cannelle et grenat, au riche potentiel génétique a été utilisé par presque tous les hybrideurs de l'époque. D'autres belles réussites comme 'Directeur Pinelle' (1932) ou 'Manoir de Launay' (1936) marquent la fin de l'ère Vilmorin.

'Nêné' (Cayeux 1928)

A la même époque les maisons Denis et Millet étaient également célèbres. Puis vint Ferdinand Cayeux. Cet hybrideur fit faire à son art des progrès considérables. On lui doit des iris dont la célébrité fut mondiale et dont les gènes figurent dans un très grand nombre des variétés actuelles.

Citons, parmi tant d'autres, 'Nene' (1928), l'un des premiers amoena, 'Député Nomblot' (1929), l'un des ancêtres des jaunes, avec son cadet 'Pluie d'Or' (1931), 'Marquita' (1931), ivoire, 'Jean Cayeux' (1931) couleur de miel et fondateur de la lignée des bruns, chamois, et bronze, 'Mme Maurice Lassailly' (1931), un neglecta parent d'un grand nombre de bicolores, 'Mme Louis Aureau' (1934), plicata rose pourpré, fondateur de la lignée des plicata de Schreiner...

A l'époque, le catalogue Cayeux était rédigé en anglais et s'adressait essentiellement, donc, aux américains. Mais la guerre de 1939 allait mettre un terme à cette hégémonie française et laisser la place à l'ère américaine.

- Le déclin

Pendant vingt ans, la France quitte le premier rang mondial et se contente de cultiver ces variétés d'avant guerre et d'importer les nouveautés américaines.

René Cayeux ne pratique pas l'hybridation. Il faut attendre le travail de Jean Cayeux pour que de nouveaux cultivars français fassent leur apparition à partir de 1945.

Parmi ses plus belles réussites, il faut citer 'Princesse Wolkonski', le très populaire 'Mme François Debat' (1957) rose, encore bien présent dans les jardins. Il est actuellement proposé par certains catalogues de VPC généralistes. Le variegata 'Gai Luron' (1958), se montre également partout, ainsi que 'Danse du Feu' (1960) que l'on peut qualifier de beau brun.

L'activité d'hybrideur de Jean Cayeux ne s'arrêtera pas avant la fin des années 80, mais la situation, dès 1960, n'est plus la même. Grâce à lui, la France retrouve une place enviable dans le monde des iris.

- Le retour chez les professionnels...

Peu à peu on commence à retrouver des iris français dans les catalogues. Ceux de Jean Cayeux bien sûr. Citons 'Cascadeur' (1969) variegata jaune et mauve, 'Provençal' (1977), un brillant plicata grenat, et dans la série des iris introduits en 1978, 'Falbala' (bleu moyen, barbe rouge), 'Karinka' ( gorge de pigeon), 'Neige de Mai' (blanc, barbe rouge), et surtout 'Condottiere' ( mauve deux tons) géniteur abondamment utilisé partout dans le monde et présent dans plusieurs catalogues des USA. L'une de ses dernières réalisations sera le fameux 'Alizés' (1987) bleu aux sépales largement marqués de blanc.

Pierre Anfosso, avec 'Lorenzaccio de Medicis', bitone brun-rouge, a prouvé, dès 1978, qu'il disposait de toutes les qualités d'un grand hybrideur. Depuis, il a mis chaque année sur le marché des iris remarquables : 'Nuit Blanche' (1980), blanc pur, 'Echo de France' (1984), superbe amoena jaune, 'Carmen x' (1985), un orange original, 'Bar de Nuit' (1987) "noir", 'Barocco' (1988), plicata pourpre, 'Douce France' (1988), bleu ardoise à barbe rouge, 'Citoyen' (1989) mélange exceptionnel de framboise et de beige, 'Fondation Van Gogh' (1990), amoena abricot très recherché, même aux Etats-Unis, 'Myra' (1996) variegata chamois et pourpre-noir.

Au début des années 90, Lawrence Ransom se lance à son tour dans l'hybridation professionnelle. Très éclectique, il opère dans toutes les catégories, des grands standards aux nains miniature et aux arilbreds. Dans le domaine des grands, qui nous intéresse aujourd'hui, il a obtenu de fort jolies plantes comme 'Opéra Bouffe' (1992), jaune clair aux sépales centrés de blanc, 'Desiris' (1994), un rose pêche hors du commun, déjà très répandu, 'Marie Kalfayan' (1995) ou 'Claude-Louis Gayrard' (1996) dans ces tons de mauve si chers à l'obtenteur. L'originalité de ses recherches, la modernité de ses fleurs, l'ont fait connaître outre Atlantique comme l'un des hybrideurs de l'avenir.

On peut pratiquement parler de professionnalisme à propos de Jean Ségui, qui collectionne un nombre impressionnant de variétés et s'est amusé à hybrider, non sans panache, puisque son superbe iris vieil or 'Doctor Gold' (1985) a été considéré comme la meilleure variété tardive au concours de Florence 1986. Auparavant des variétés comme 'Trapel' (1982), bleu nuit, et 'La Belle Aude' (1982), rose, ont connu un vrai succès populaire. 'Ruée vers l'Or' (1992) et 'Via Domitia' (1993) sont des réussites originales.

Enfin en 96, un nouveau professionnel, Christian Lanthelme a enregistré trois variétés de son cru.

... et les amateurs

Chez les amateurs proprement dits, André Brun crée en 1978 son violet pourpré 'Lucinou'. Tout récemment, Jean Peyrard mit sur le marché un joli iris à éperons, 'Ostrogoth' (1994).

D'autres, comme Igor Fedoroff, dès les années 70, hybrident et obtiennent des variétés intéressantes, qui n'ont jamais été enregistrées, bien qu'elles l'eussent mérité : 'Aygade', mauve pervenche à barbe rouge, 'Sable d'Argent', abricot infusé de bois-de-rose, 'Prince Vaillant', amoena bleu.

Bernard Lecaplain a eu aussi la main heureuse notamment avec 'Niagara', 'Berlingot' ou 'Fidji' (présenté cette année au critérium d'Orléans).

Mais il y a sans doute bien d'autres amateurs talentueux, qui conservent l'anonymat...

La France revient-elle au premier rang ?

Sans doute pas : les Etats-Unis sont et resteront indétrônables. Mais au moment où apparaissent des obtenteurs d'iris un peu partout dans le monde, y compris au fin fond de l'Asie centrale, notre pays rassemble une bonne partie des meilleurs hybrideurs.

Nous pourrons nous en rendre compte à l'exposition FRANCIRIS 2000 qui aura lieu aux Jardins de Brocéliande, près de Rennes. Le plus grand nombre possible de variétés françaises des cinquante dernières années, enregistrées ou non, seront présentées à la curiosité et l'admiration des amateurs. Ce sera la première fois que la production française sera ainsi rassemblée, et cela démontrera la vitalité et l'originalité de la production d'iris dans notre pays.


Société Française des Iris et plantes Bulbeuses (S.F.I.B.)
BP 16, 78354 Jouy-en-Josas cedex, France.