Iris et Bulbeuses n° 128 p 13. (2003). Jean-Yves Tronel.
En cet hiver à la douceur surprenante, les premiers bulbes s'épanouissent déjà et parmi eux, Crocus biflorus ssp nubigena. Ses anthères noires le désignent tout spécialement pour compléter la revue des espèces appartenant à ces taxons originaires de l'aire méditerranéenne orientale.
Historique
Décrit par Herbert en 1843, Crocus biflorus ssp nubigena était
certainement connu depuis plus longtemps, tout du moins en Orient.
En Occident, il apparaît en culture à partir de 1952, mais sous des
dénominations incorrectes, telles "C. crewei".
Mais en aucun cas, il semble que cette espèce ait aussi été confondue avec la
sous-espèces melantherus du groupe biflorus, décrite précédemment
(cf. Iris et Bulbeuses n°123 hiver 1997, p 4 à 6). Il en existe une illustration
dans la belle monographie de B. Matthew.
Description (cf. B. Matthew)
Crocus biflorus ssp nubigena (Herbert) B.Mattew. stat. nov.
Syn. C. nubigena Herbert in Bot. Reg.29, misc.81 (1843).
Corme aplati, globuleux, diamètre central 0.7-1.5 cm.
Tuniques habituellement coriacées, se séparant parfois dans le sens de la longueur,
sessiles en circonférence à la base, formant des anneaux de tissu.
Cataphylles blancs, jaunâtres ou bruns peu distinctement, même en séchant.
4 à 8 feuilles, gris-vert, avec une ou plusieurs veines saillantes dans les
rainures de la face inverse larges de 0.5 à 1, voire 1.5 mm, moins larges que
celles de la sous espèce crewei (Hooker).
1 à 4 fleurs printanières, plus ou moins parfumées, évoquant le miel,
de couleur de fond blanche ou lilas-bleu, avec 3 bandes longitudinales
pourpres ou brun-pourpre sur la face externe des trois segments externes,
avec souvent également des stries latérales plus fines évoquant les nervures
d'une plume. Ces stries peuvent être absentes comme peut aussi se voir une simple
couleur fauve des segments externes, rarement des taches sur l'extérieur de ces
mêmes segments. Gorge jaune, glabre. Prophylle absent. Bractée et bractéole
blancs ou brun très pâle en séchant, non raccourcis à l'apex.
Segment du périanthe larges de 0.8 à 1.3 cm.
Anthères habituellement noirâtre-marron avant la déhiscence avec
de long lobes basaux chétifs. Filaments longs de 4 à 8 mm, filiformes.
Branches du style habituellement densément papilleuses.
Capsule ellipsoïde, longue de 1 à 1.5 cm, portée par un pédoncule court,
juste au dessus du niveau du sol à la maturité.
Graines subglobuleuses, diamètre de 1 à 3 mm brunes ou rougeâtre
avec un raphé indistinct et une caroncule aplatie. 2n = 12.
Période de floraison :
Février, mars, avril dans la nature : Endroits rocheux ouverts ou sous
buissons épars, avec une préférence pour le granit ou les formations
schisteuses. Altitude 650-1850 m.
Distribution :
Ouest et Sud-ouest de la Turquie, provinces de Mugla, Antalya, Balikesir et
d'Izmir. Iles de la Mer Egée, notamment Lesbos, Samos et Ikaria.
Localité type :
Ouest de la Turquie, province de Balikésir "In ipso feré Gargari"
(Kaz Dag), Lander (spécimen à Kew).
Brian Mathew insiste sur la grande variabilité de l'espèce en couleur
et dans le dessin des stries externes ou taches externes.
Multiplication:
Semis classique en substrat caillouteux sur terreau additionné de sable
en parties égales.
Repos estival au sec. Arrosages réguliers en automne, hiver et printemps et
bien sur apport des engrais nécessaires à la bonne végétation des plantes
en feuille et pour la maturation des bulbes plus tard.
1ère floraison 3 ans après. Les fleurs apparaissent en février en France.
Je n'ai que des fleurs blanches de fond.
Pour le repos estival, la meilleure solution consiste à garder les bulbes
dans un châssis couvert les jours de pluie seulement, donc à l'air libre
la plupart du temps.
En serre froide, la cuisson pendant l'été qui convient à d'autres espèces
de même provenance, ne semble guère bénéfique à cette espèce.
Il en va même pour Crocus biflorus ssp adamii, Crocus abantensis
et Crocus rebertianus qui se plaisent mieux au jardin.
Mais comme toutes ces espèces du groupe biflorus, il reparaît
chaque année, fidèlement et s'accroît lentement.
D'après Brian Mathew, son plus proche parent est Crocus biflorus ssp crewei
(Hooker).
Comme ils sont souvent en fleurs au même moment, il n'est pas toujours facile
de les distinguer l'un de l'autre dans la nature. Quant à moi, je relève que
le dessin des faces externes des sépales paraît plus fin et plus divisé chez
la sous-espèce crewei et la couleur brune, plus claire, avec des
feuilles moins nombreuses que chez la sous-espèce nubigena.
Nul doute que si la culture de cette sous-espèce s'étend, les observations qui en résulteront permettront d'enrichir un patrimoine commun puisque cette plante issue de la montagne moyenne semble se satisfaire d'une culture en plaine pour peu que soient réunies les conditions, somme toute peu exigeantes, de sa culture.
Conclusion:
Belle espèce de jardin sec, étrange et rare aux premiers beaux jours de
février quand l'hiver se veut clément aux hommes.