Iris et Bulbeuses n° 127 p 20-21. (1997). Dominique Ranoux.
Cette plante de la famille des amaryllidacées* et plus communément nommée « Tubéreuse », fut très en vogue au 19 ème siècle, avant de tomber dans un oubli total. Considérée, même de nos jours, comme la plus odorante du monde végétal, elle était utilisée pour embaumer les salons et les jardins.
Du feuillage abondant qui forme une rosace de feuilles en lanières amincies
à l'extrémité, s'élève, 4 ou 5 mois après la mise en culture, une tige dont la
hauteur peut varier de 75 à 120 cm. Les fleurs, d'un blanc opalescent, de
forme tubulée à corolle évasée, possèdent des étamines d'un beau jaune
d'or. Elles ont six pétales dans le type d'origine.
La variété 'La Perle', cultivée de nos jours, est une espèce à fleurs doubles
formées d'empilages successifs de six pétales, pouvant atteindre ainsi 24
pétales.
Groupées deux par deux autour de la tige en une hélicoïde gauche, elles sont
environ au nombre de 30. Cette grappe mesure à complet épanouissement
25 cm et plus. Elles exhalent une odeur raffinée bien que légèrement
capiteuse que rappelle, sans toutefois l'égaler, le parfum connu sous le
vocable « Anaïs Anaïs ».
Il est possible de cultiver cette plante en pot ou en pleine terre.
Les bulbes sont conservés dans une cave fraîche et bien au sec dans un
mélange de tourbe et de charbon de bois émietté pour éviter le
développement de la pourriture grise à laquelle ils sont très sensibles.
Il est possible de déclencher la floraison, parfois un peu capricieuse, à deux
périodes de l'année. Pour obtenir une floraison estivale, s'échelonnant de
juillet à septembre, il faut planter les bulbes début mars. Si vous préférez une
floraison de janvier à mars, il est nécessaire d'effectuer cette plantation début
septembre. Dans le premier cas, vous pourrez sortir la plante à partir du
mois de mai. Il lui faut un emplacement ensoleillé et bien abrité du vent qui
est son pire ennemi, en évitant, dans toute la mesure du possible, de la
déplacer. Dans le deuxième cas, trouvez-lui une place près d'une fenêtre, si
possible orientée au sud, à l'écart de tout courant d'air.
Quelle que soit l'époque de floraison choisie, les soins à lui apporter sont
identiques. Tout d'abord choisissez un pot assez grand : 20-22 cm de
diamètre semblent suffisant pour un bulbe. Ensuite, débarrassez le bulbe de
toutes les parties sèches qui l'entourent. Préparez alors un mélange à parts
égales de terre de jardin, de terreau et de sable dont vous remplirez le pot
après avoir déposé dans le fond de celui-ci quelques centimètres de graviers
pour assurer un bon drainage. Plantez enfin le bulbe, bien verticalement, en
laissant affleurer la partie supérieure. Par la suite, arrosez modérément puis
un peu plus abondamment dès l'apparition de la tige florale qui doit être
impérativement tuteurée au fur et à mesure de sa croissance.
Fournissez-lui, 3 fois par mois, un engrais pour plantes à fleurs. Espacez
progressivement les arrosages et les apports de nourriture après le
flétrissement des fleurs et ce jusqu'au jaunissement complet du feuillage.
Ne donnez plus ni eau ni engrais et attendez que les feuilles soient sèches
pour les couper. Vous pouvez alors déterrer le bulbe, le faire sécher le plus
parfaitement possible, et le mettre dans la tourbe et le charbon de bois
jusqu'à l'année suivante.
Vous pouvez planter le ou les bulbes lorsque les gelées ne sont plus à
craindre, ce qui ne pourra guère s'effectuer avant la mi-mai dans les régions
situées au nord de la Loire. Cela aura pour effet de repousser le début de la
floraison d'environ deux mois et demi par rapport à la culture en pot. Dans les
régions les plus privilégiées du Midi, il est possible de les laisser en place en
leur offrant une couche épaisse de feuilles pendant la période des gelées.
Disposez un lit de graviers au fond du trou de plantation pour éviter tout
risque de pourriture, et évitez les emplacements qui ont tendance à se gorger d'eau.
Il est assez difficile de récupérer ces bulbes qui n'ont pas pu accumuler assez de réserves avant l'hiver. Dans les régions où cette saison est trop rigoureuse, l'arrachage est pourtant la seule solution si on ne veut pas les perdre définitivement. Essayez donc de les transplanter, juste avant les premières gelées, dans un grand pot bien drainé et rempli d'un tiers de terreau et de deux tiers de sable, afin d'alléger le mélange, pour ne pas blesser les racines.
Continuez par des arrosages et des apports d'engrais jusqu'au jaunissement total des feuilles. Ensuite, la marche à suivre est la même que celle préconisée pour la culture en pot. Malheureusement, cette opération a pour effet de déclencher une sorte de stress que cette précieuse a beaucoup de mai à surmonter et à laquelle elle répond, assez souvent, par un arrêt brutal de ses fonctions, en dépit de tous les soins et de tout l'amour que vous lui dispenserez.
Le bulbe émet de nombreux rejets dont il faut le débarrasser lors de sa remise en culture. Ces bulbilles mis en pots en même temps que le bulbe- mère, fleuriront après quelques années de culture, trois au moins. Cette nombreuse descendance pourra vous permettre d'échelonner les floraisons de juillet à mars.
J'ai commencé, il y a cinq ans, avec un bulbe qui m'a donné dès la première
année, une hampe florale magnifique, et, depuis, de nombreux descendants,
dont certains ont fleuri, l'an dernier, pour la première fois. Malgré les années,
je guette avec le même intérêt mêlé d'inquiétude, les signes annonciateurs de
la tige florale, puis des bourgeons terminaux et, enfin, des fleurs délicates et
si délicieusement parfumées.
Je pense que cette belle capricieuse m'a complètement envoûtée et je suis
persuadée que vous succomberez, vous aussi, à ses charmes. Et pour peu
que vous lui consacriez suffisamment de temps, elle se fera un plaisir de
fleurir sans trop de difficultés.
* NB : Cette plante fait actuellement partie de le famille des Agavacées.